CARACTÈRE OE >A VIE
et développe dans l’âme du peintre une faculté contemplative qui, en l’absence même de toute image tracée, dans l’obscurité de la nuit, dans l’obscurité plus profonde encore des yeux éteints ou fermés, jouit d’un idéal qu’il s’est créé par l’étude de la nature, par l’attention donnée à la connaissance des formes humaines, à celle de la beauté propre à chacune, et à celle de leurs rapports.
Poussin a été, plus que beaucoup d’autres, l’homme de ces merveilles : la gravité de sa vie, son amour du silence et de la méditation, sont les preuves les plus sûres qu’il portait en lui cette nourriture de l’âme, qui rend à l’homme une puissance qu’il semble avoir possédée dans une autre existence, et perdue par quelque faute originelle, celle de créer des images et des ensembles dans lesquels il reconnaît sa fécondité et jouit de lui-même.
L’étude de la forme sous laquelle le peintre exprime sa pensée ne produit pas toujours en tous, il est vrai, les grands et salutaires effets qu’on aurait droit d’en attendre. Il faudrait que l’artiste éprouvât lui-même des sentiments élevés, pour se plaire à en reproduire l’expression, à en parler le langage, et, parmi ceux qui ont choisi la peinture héroïque, on n’en rencontre -encore qu’un petit nombre qui voient dans leur art autre chose qu’un talent distinct d’eux, en quelque sorte, et qui n’engage en rien la responsabilité de leurs convictions et de leur conscience.
Les affections humaines qui peuvent être retra-
cées par la peinture, sont diverses et nombreuses; il y a loin du ridicule, du grossier, du burlesque représentés par Téniers, par Callot, par Rembrandt, au sublime, au terrible exprimés par le pinceau de Michel-Ange, de Raphaël, du Dominiquin ; il y a loin aussi de ces derniers caractères à l’aspect d’un riant paysage, à une scène populaire, gaie ou touchante, à la vue d’une plage de l’Océan, d’une mer calme ou agitée par la tempête. Or les habitudes d’esprit qu’engendre la culture de l’un ou de l’autre de ces genres ne sauraient être les mêmes, et l’homme se modifie selon l’influence des objets qui font la contemplation la plus ordinaire de sa vie
Du moins il en devrait être toujours ainsi; mais c’est le propre du talent de saisir vite, sans efforts, d’exprimer d’une manière pittoresque et fidèle, puis d’oublier et de pouvoir se livrer aux écarts le moins en harmonie avec les conceptions quelquefois grandes, échappées à son insu d’un pinceau facile; conceptions destinées à aller, à travers les âges, éveiller dans les âmes enthousiastes des sentiments et des idées qui n’auront guère fait qu’efileurer celle du peintre, ou qui seront nées sans réflexion d’une fécondité superficielle.
Tels sont en réalité beaucoup de peintres pour le malheur de la peinture; tel ne fut pas Le Poussin. Si nous nous sommes exprimés avec l’exactitude désirable, le lecteur aura compris que tout entier à son art, étroitement uni aux sujets qu’il a traités, il y a fait passer sa substance et sa vie; caractère à