‹ Le PoussinChapitre 67 sur 155 · ENCORE L’ABBÉ SCARRON · texte numérisé non relu

ENCORE L’ABBÉ SCARRON

son Typhon burlesque. La demande, comme nous l’avons vu, n’avait pas été mieux reçue que l’envoi; néanmoins le Poussin ne témoigna sa répugnance qu’à M. de Chantelou, et il l’exprime de nouveau à la date du 12 janvier 1648, dans des termes qui méritent d’être fidèlement cités pour la rudesse de la pensée et la vivacité de l’expression.

« J’avois déjà écrit à M. Scarron, en réponse de la lettre que je reçus avec son Typhon burlesque ; mais celle que je viens de recevoir avec la vôtre me met en nouvelle peine. Je voudrois bien que l’envie qui lui est venue lui fût pasisée, et que ma peinture ne lui plût non plus que me plaît son burlesque. Je suis marri de la peine qu’il a prise de me l’envoyer ; mais ce qui me fâche davantage, c’est qu’il me menace d’un sien Virgile travesti, et d’une Épitre qu’il m’a destinée dans le premier livre qu’il imprimera. II prétend me faire rire comme les estropiés comme lui ; mais, au contraire, j’en devrais pleurer, voyant qu’un nouvel Érostrate se trouve dans notre pays. Je vous dis cela en confidence, ne désirant pas qu’il le sache. Je lui écrirai tout autrement que je ne fais à vous; j’essaierai de le contenter, au moins de paroles '. »

Scarron n’avait pas cultivé la peinture sans quelque fruit, et il en avait conservé le goût; c’est par suite du sentiment qui survivait en lui à l’étude de cet art, qu’il témoignait au Poussin le désir de

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posséder quelque œuvre de son pinceau. En quel genre? Rien ne l’annonce, mais nous serions tenté de croire qu’il désirait une composition sérieuse, en harmonie avec les goûts de M. de Chantelou, sous la protection duquel il plaçait sa requête.

Poussin, malgré le mauvais accueil fait d’abord à la demande de Scarron et à son Typhon burlesque, ne lui tint point rigueur. Si, comme nous l’avons vu, il suspendit un instant la résolution de le satisfaire, sur le bruit faussement répandu de sa mort', il revint bientôt à d’autres intentions. Le Virgile travesti même, qu’il reçut sans doute, ne lui fil point oublier sa promesse, il la rappelle dans plusieurs lettres, s’excuse sur le peu de temps dont il dispose, mais engage sa parole. II est vrai qu’il fait connaître à M. de Chantelou que c’est à sa sollicitation plus qu’à celle de Scarron, que cette condescendance de sa part doit être attribuée. Il annonce même, dans sa lettre du 7 février 1649, la composition dont il se préoccupe en sa faveur. « J’ai trouvé, dit-il, la disposition d’un sujet bachique pour Al. Scarron ; si les turbulences de Paris ne lui font point changer d’opinion, je commencerai cette année à le mettre en bon état*. » Les turbulences de Paris aux-

1 o M. Gueflier m’a donné un second livre de M. Scarron, avec une lettre à laquelle je m’étois disposé à répondre ; mais on m'a dit qu'il éloit mort, ce qui m’a empêché de mettre la main à la plume. Je vous prie, monsieur, la première fois que vous me ferez l’honneur de m’écrire, de me faire savoir s’il est mort ou vivant; vous m'obligerez infiniment. Lettres, 3 novembre, 1047. P S.

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