‹ Le PoussinChapitre 68 sur 155 · LES DEUX RAVISSEMENTS DE SAINT PAUL · texte numérisé non relu

LES DEUX RAVISSEMENTS DE SAINT PAUL

quelles il fait allusion sont les troubles de la Fronde. Ce sujet bachique ne resta pas longtemps dans la pensée du Poussin. Il se souvint que e’était pour l’abbé Scarron qu’il travaillait, et quelques autres circonstances, sans doute, étant survenues, il fut en mesure, dès le mois de mai 1 650, d’adresser à ce célèbre écrivain... quelle œuvre?... Une de ses plus belles compositions. « Je pourrai, dit-il, envoyer en même temps à M. l’abbé Scarron son tableau du Ravissement de saint Paul; vous le verrez, et vous voudrez bien m’en dire votre sentiment*. » Le Ravissement de saint Paul pour l’auteur du Roman comique et pour le père de Ragotin 2 !

Nous avons déjà raconté, qu’en 1 643 le Poussin avait peint pour M. de Chantelou un Ravissement de saint Paul 3. Ce tableau, destiné comme on sait à servir de pendant à la Vision d’Ézéchiel, de Raphaël, avait donné occasion au peintre français de

1 Lettres, 29 mai 1650.

1 C’est ce Raolsscment de saint Paul que possède la galerie du Louvre sous le n° 433. Voir la Notice de l’École française. — Nocret a fait sur ce tableau, devant l’Académie de peinture et de sculpture, entre 1667 et 1691, une dissertation intéressante, dont l’analyse nous a été conservée par Guillel Saint-George ( Mémoires inédits, t. ltr, p. 313.)

* « La note suivante complétera ce que nous avons déjà dit sur ce tableau, p. 213. Sur la fin de la même annee, 1643, il lui envoya ce tableau du Ravissement de saint Paul, et lui répète encore par sa lettre du 2 décembre 1643 « qu’il le supplie, tant pour éviter la calomnie que la honte qu'il avait qu’on vil son tableau en parangon de celui de Raphaël, de le tenir séparé et éloigné de ce qui pourroit le ruiner et lui faire perdre si peu qu’il a de beauté. (Félibien, t. IV.) >

faire paraître à plusieurs reprises la haute opinion qu’il avait du peintre d’Urbin. Appelé à traiter encore une fois le même sujet, il semble que le désir de se surpasser ait animé son pinceau. Le second Ravissement de saint Paul parut d'une inspiration plus haute. La terre qui s’abaisse au loin, en permettant à l’œil de mesurer l’espace qui la sépare du ciel, agrandit le lieu de la scène; les anges mieux groupés s’unissent à l’aspiration et reproduisent l’expression de l'apôtre; des couleurs heureusement alliées résulte un effet plein de douceur; le saint en extase s’élève, comme par le mouvement intérieur de l’amour, vers la patrie céleste qui s’ouvre pour lui.

Telles sont les circonstances qui marquèrent la production de ces deux œuvres si distinguées, séparées par un espace de plus de six ans. Le Poussin ne s’y montra pas inférieur à lui-même, ni moins soutenu par celte faculté de perfectionner sa manière, dont nous avons reconnu la puissance dans la seconde suite des Se/)t Sacremuls; le saint Paul ravi de 1650 est assurément supérieur à celui de 1643.

Il y a deux portraits du Poussin, dont un, le plus ressemblant et le plus parfait, appartient au Musée du Louvre Celui-ci fut exécuté pour M. de Chantelou, l’autre pour M. Pointel. Dans la correspondance du Poussin et de M. de Chantelou, il com-

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