‹ Le PoussinChapitre 69 sur 155 · PORTRAITS ET ESPRIT DU POUSSIN · texte numérisé non relu

PORTRAITS ET ESPRIT DU POUSSIN

inence à en être question à la date du 22 décembre 1647, et néanmoins il ne fut terminé que vers le mois de juin 1650, tant les admirateurs du Poussin se pressaient pour obtenir de lui quelques tableaux qui donnassent du prix à leurs collections. Poussin travaillait tranquillement, évitait de diviser le temps entre un grand nombre d’ouvrages, et comme il donnait beaucoup à la réflexion , il ne poursuivait que quelques sujets à la fois. De plus la peinture du portrait lui était désagréable, et il lui déplaisait surtoutde se peindre lui-même. Aussi futil sur le point de choisir. Mignard pour lui confier la reproduction de ses traits, mais il en fut détourné par l’opinion peu favorable qu’il avait de ce peintre, opinion qu’il exprime ainsi à cette occasion : « J’aurois déjà fait faire mon portrait pour vous l’envoyer, comme vous désirez; mais il me fâche de dépenser une dizaine de pistoles pour une tète de la façon de M. Mignard, qui est celui qui les fait le mieux, quoiqu’elles soient froides, fardées, sans force ni vigueur *. »

Malgré sa modestie, le Poussin, qui savait si bien apprécier et reproduire l’expression des ligures, voulut sans doute que ses traits passassent à la postérité avec le caractère de force et de sérieux, fidèle expression de sa pensée; il finit donc par s’en charger, quelle que fût sa répugnance pour ce genre de peinture, auquel il ne s’exerça jamais que malgré

* /.litres, 16 août 1648.

lui. Aussi s’excuse-t-il des lenteurs apportées à cet ouvrage sur sa paresse à l’entreprendre et à le poursuivre, et sur le peu de goût qui le porte à traiter de pareils sujets; ce ne fut que vers la lin de 1649 que ses travaux commençant à lui donner quelque relâche, il put s’occuper de cette œuvre.

Il termina ce portrait vers le milieu de l’année 1 650 ; mais la nécessité d’en faire une copie pour un ami en retarda quelque peu l’envoi ‘.Il le dirigea enfin sur Lyon et Paris le 19 juin. Huit jours après, il expédiait à M. Pointel l’autre portrait, tout en affirmant a M. de Chantelou que le sien est le meilleur el le plus ressemblant *.

Dans ce portrait, en effet, le caractère réfléchi, la physionomie grave, la force de la pensée sont mieux exprimés que dans l’autre. Le Poussin avait alors cinquante-six ans, il en vécut encore quinze ; mais déjà les rides commençaient à s’apercevoir sur son front, et la maturité de son génie était empreinte sur ses traits. Sa chevelure, partagée sur le sommet de sa tète, tombe en boucles sur son cou ; il est noblement drapé, comme un sage de l’antiquité, et sa main qui sort de son manteau repose sur un carton. Le fond est formé de quelques toiles debout, sur la plus reculée desquelles on aperçoit une ligure qui semble celle de la fille de Pharaon d’un de ses Moïse sauvé. Tout le tableau est exécuté

' Lettres, 19 juin 1650.

* Lettres , ibid.

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