FLORENCE ET LYON
envers lui. 11 y dépensa tout ce qu’il avait, à grand’peine, économisé pour son voyage. Poussin, dans son insouciance de jeune homme et d’artiste, racontait à ce propos qu’après avoir ainsi payé son exigeant créancier, il ne lui restait plus qu’un écu de son chétif avoir. Prends encore celui-là, dit-il à la fortune, en bravant sa rigueur, et le soir même il le dépensa gaiement à souper avec ses compagnons '.
11 fallut se remettre à l’ouvrage sous l’impérieuse nécessité de satisfaire aux besoins de la vie, et différer encore, jusqu’à des temps plus heureux, le voyage désiré. Poussin quitta Lyon ou immédiatement, ou quelque temps après, car il était à Paris en 1623.
Un asile s’ouvrit pour lui dans le collège de Laon, où Philippe de Champagne demeurait vers la même époque. Poussin, alors âgé de vingt-sept ans, comptait huit ans de plus que lui. 11 avait sur Philippe l’avantage d’une plus grande expérience et d’une plus longue pratique de l’art. Du reste, ces deux hommes étaient nés pour s’entendre. Leurs dispositions pour la peinture s’étaient manifestées dès l’enfance : tous deux avaient rencontré quelques obstacles de la part de leurs familles , tous deux avaient eu besoin de la même persévérance pour obéir à cette vocation. Le caractère sérieux et grave de Philippe de Champagne, la droiture de son cœur
1 Bellori.
ses dispositions religieuses qui durèrent aussi longtemps que sa vie, devaient lui faire apprécier dans Poussin un génie profond, et, à plusieurs égards, semblable au sien. Celui-ci exerça donc sur son jeune compagnon une heureuse influence, et nous ne croyons pas nous faire illusion, quand, à la vue des compositions qui nous restent de Philippe de Champagne, nous croyons y trouver un caractère de grandeur et de simplicité, parfois analogue à celui qui respire dans les tableaux du Poussin. Philippe de son côté put n’être pas inutile aux progrès de son compagnon , surtout dans l’exécution : ses études, sans avoir été peut-être beaucoup plus régulières que celles du Poussin, s’étaient poursuivies dans une contrée déjà riche en chefsd’œuvre ; il avait fréquenté les écoles alors florissantes des maîtres flamands, quoiqu’il eût quitté Bruxelles sa patrie, à la veille d’entrer dans l’atelier de Rubens.
Le Poussin décida Philippe à renoncer aux leçons de Lallemand, peintre lorrain de quelque réputation, mais qui travaillait de pratique, sans connaissance approfondie de son art. Il lui procura du travail auprès de Duchesne, chargé alors de diriger les peintures du Palais du Luxembourg pour la reine Marie de Médicis, et qu’il aidait lui-même depuis peu de temps dans cette œuvre. Mais la basse jalousie de Duchesne et d’autres circonstances ne permirent ni à l’un ni à.l’autre de rester avec lui. Peu de temps avant que Philippe de Champagne re-