SON PATRIOTISME
que Lucrèce a célébré dans le magnifique morceau ‘de poésie connu de tous*, et que le Poussin exprime ici avec sa bonhomie ordinaire, relevée de quelque intention ironique. On voit du reste, par l’esprit général de scs lettres, que le Poussin partageait le sentiment de répulsion que la France tout entière éprouvait alors pour la politique de la cour. Il dit encore dans sa lettre du 7 février 1 649 : « Ce que vous m’écrivez des affaires de delà est entièrement conforme à ce qu’on en dit ici. Dieu veuille que tout se termine à sa plus grande gloire, et en même temps au bien et au repos de notre pauvre patrie! Quand il sera ainsi, nous en ferons les feux de joie; mais jusque-là nous ne pouvons pas rire de bon cœur 1 2. » Cette dernière phrase, dans sa simplicité, prouve que le Poussin ne prenait pas facilement son parti des malheurs de la France, même quand il était à l’abri de leurs coups. Aussi sa politique est-elle moins triste quand son patriotisme n’y est pas engagé, et qu’il s’agit des affaires des nations étrangères : « Toutes les nouvelles que je vous pourrois écrire de ce pays-ci ne sont que tristes, et indignes d’être racontées. Ceci seulement : les Espagnols ont banni l’archevêque Filomarino, et envoyé le duc de Guise prisonnier en Espagne a. Le prince de
1 Suave mari magno, etc., Lucrèce, liv. II, v. I.
* Lettres, 7 février 1649.
1 Le duc de Guise, appelé à Naples par la nouvelle République, avait été battu et pris par les Espagnols.
Gallicano est en cette ville sous sa parole , les Espagnols l’obligent de revenir à Naples. Le duc % de Montesarchio, par promesse et par torture, a découvert plusieurs secrets au préjudice de beaucoup de grands. L’on va mener en Espagne la nouvelle épouse ' pour continuer la race des fous. Le pape fait faire l’août et la vendange pour le duc de Parme au duché de Castro; l’Africain a une flotte en mer, et on le trouve armé puissamment; les Italiens mettent Jules au-dessus de César* »; et ailleurs : « Les Vénitiens disent avoir défait l’armée navale du Turc : amen 3. »
S’il avait peu d’estime pour ceux qui gouvernaient alors, il en avait moins encore pour la multitude.
A propos du retour du roi et de toute la cour à Paris: «Nous savons, dit-il, tout ce qui s’est passé dans cette occasion ; ceux qui connoissent la bêtise et l’inconstance des peuples ne s’étonnent nullement de ce qu’ils font *. »
Plus loin il termine une lettre de la manière suivante : « Je vous remercie de vos nouvelles, quoiqu’elles ne soient bonnes pour nous ni en Italie, ni en France ; nous avons perdu Piombino et nous
1 L'archiduchesse Marie-Anne, fille de l'empereur, mariée à Philippe IV, son oncle maternel.
* 24 mai 1649. — Ce Jules est probablement notre Mazarin. Voir note J.
* Lettres, 24 mai 1649.
* Lettres, 19 septembre 1649.