‹ Le PoussinChapitre 74 sur 155 · POLITIQUE DU POUSSIN · texte numérisé non relu

POLITIQUE DU POUSSIN

perdrons Porto Longone; et puis ici à Rome Guai a noi ‘. »

Si le Poussin ne se montrait pas insensible aux désordres qui affligeaient sa patrie, il sentait de plus près les vices de l’administration pontificale, et, quelle que fût sa reconnaissance pour le cardinal Barberini, il exprimait à M. de Chantelou le peu d’estime que l’on avait à Rome du gouvernement d’Urbain VIII : « on dit ici que Sa Sainteté ne se porte pas bien; s’il nous manque, Dieu nous donne mieux 2. » En lui annonçant que les cardinaux allaient entrer en conclave pour élire son successeur, il ajoute : «. Dieu veuille que nous soyons mieux gouvernés à l’avenir que par le passé 3. » Et un peu après : « Nous avons un pape de qui on espère beaucoup de bien ; Dieu le veuille. » Mais ces espérances furent trompées. Le nouveau pontife, Innocent X, ami des Espagnols, se montra l’ennemi des Français, et notre peintre se plaint des entraves de tous genres qu’il rencontre dans l’envoi des objets d’art acquis pour M. de Chantelou. « Vous ne croiriez jamais, dit-il, par quelle sorte de gens nous sommes gouvernés *. »

Nous aurions pu multiplier les traits du genre de ceux qui précèdent ; ils suffiront pour faire connaître le Poussin sous les aspects divers que pré-

' Malheur à nous! Lettres, S juillet 1650.

* Lettres, 8 avril 1644.

* Lettres, 30 août 1644.

* Lettres, 2 octobre 1641; 20 août, 15 oct. 1613.

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sente son esprit. Beaucoup d’artistes, partagés entre leur art et leurs plaisirs, ont laissé passer sans les apercevoir les événements contemporains ; d’autres se sont jetés avec l’ardeur de la passion dans les luttes qui ont agité leur temps. Cette juste mesure d’attention donnée aux circonstances de la politique et cette sagesse qui les juge sont donc encore un trait particulier du caractère du Poussin. Il semble qu’un artiste réfléchi, habile à faire revivre sur la toile le souvenir de grands faits religieux ou historiques, doive être disposé à saisir autour de lui la physionomie des événements analogues, voir par exemple quelque chose de l’esprit remuant des tribuns de Rome dans les agitateurs des temps modernes, ou comparer la solennité introduite par les siècles dans le culte à la majestueuse simplicité des temps apostoliques, etc. Quelque chose manque à l’homme dont le sort de l’humanité n’éveille pas l’attention, qui n’en juge pas les douleurs et les passions à la lumière de la religion et de la morale, et auquel le hasard suffit pour expliquer des vicissitudes qui n’émeuvent point son indifférence.

Tel ne fut pas le Poussin. La préoccupation pour lui si sérieuse de la peinture lui permit néanmoins d’assister, non sans quelque intérêt, au spectacle des événements de son temps. Il en apprécie les faits et les hommes avec cette philosophie judicieuse et tempérée, mêlée de quelque sourire, qu’il porta dans sa vie comme dans l’exercice de son

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