‹ Le PoussinChapitre 75 sur 155 · SA MAISON DES TUILERIES · texte numérisé non relu

SA MAISON DES TUILERIES

art. Nous eussions regretté de ne pas indiquer au moins à nos lecteurs cette face de son génie simple et vrai.

Au commencement de la période que nous embrassons dans ce chapitre, en 1 645 , deux événements étaient venus porter quelque trouble dans l’esprit du Poussin; la reine régente lui avait ôté sa maison du jardin des Tuileries , et le surintendant Sublet de Noyers était mort le 20 octobre. Il déplore cette perte dans une lettre à M. de Chantelou, du 1 0 décembre de la même année, en marquant au défunt un respect mérité. Mais ce qui l’émut surtout, ce fut la perte de la maison qui lui avait été donnée par Louis XIII, pour la posséder sa vie durant, et que des intrigues venaient de lui enlever pour la faire donner à un sieur Samson que, dans une lettre précédente, il appelle Samson le faible. 11 est vrai que Louis XIII avait dû compter sur le retour du Poussin, et que la résolution de celui-ci de rester à Rome, confirmée tant de fois et dans ses lettres et par ses actes, autorisait son successeur à disposer d’un logement que renonçait à occuper celui auquel il avait été assigné. Cette détermination paraissait d’autant plus justifiable que, à la demande du Poussin, M. Remy en avait fait vendre le mobilier, dont on avait tiré cent écus ' . Malgré ces raisons que l’on pouvait faire valoir contre lui, le ressentiment du Poussin fut vif et lui

1 Lettres, 1 H avril 1614.

inspira un désir inattendu de revoir la France, désir sans doute qui naissait de son dépit, et qui se fût évanoui s’il eût fallu se décider. Dans sa lettre du 26 novembre 1644, il se plaint de l’ambassadeur de France à Rome ' qui l’a desservi auprès du comte de Brionne ; mais c’est surtout dans celle du 1 8 juin 1645, lorsqu’il apprend le succès de ses ennemis, qu’il exprime sa mauvaise humeur. « Vous savez, Monsieur, dit-il, que mon absence a été cause que quelques téméraires se sont imaginé que, puisque jusqu’à cette heure je n’étois point retourné en France depuis que j’en suis parti, j’avois perdu l’envie d’y jamais retourner. Cette fausse croyance, sans aucune autre raison, les a poussés à chercher mille inventions pour tâcher à me ravir injustement la maison qu’il plut au feu roi , de très-heureuse mémoire, me donner ma vie durant. Vous savez bien qu’ils ont porté l’affaire si avant , qu’ils ont obtenu de la reine licence de la posséder , et m’en mettre dehors ; vous savez que pour ce fait ils ont composé de fausses lettres, portant que j’avois dit que je ne retournerois jamais en France, afin que par ces faussetés la reine leur accordât pins facilement une chose du tout injuste. Je suis au désespoir de voir qu’une injustice semblable ne trouve point d’obstacle. Maintenant que j’avois envie de retourner jouir de la douceur de la patrie, là où finalement chacun désire mourir, je me vois

i M. le comte de Saint-Cbaumont.

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