‹ Le PoussinChapitre 80 sur 155 · LES QUATRE SAISONS · texte numérisé non relu

LES QUATRE SAISONS

laquelle je touche du bout de mon doigt, je n'en puis plus *. »

Il put cependant peindre encore jusqu’en \ 664, où il acheva pour le duc de Richelieu quatre paysages représentant les quatre saisons 2. Chacun d’eux retrace un sujet tiré de l’Écriture sainte. C’est à cette collection qu’appartient le célèbre tableau le Déluge, dans lequel il a voulu peindre l’hiver. Malgré la décroissance de ses forces, dont nous avons vu le Poussin parler lui-mème dans sa lettre du 20 novembre \ 662 , ces quatre compositions saisissent et charment par leur grandeur et leur richesse. Si l’on y sent l’affaiblissement de la main 3 à cette heure suprême , rien n’y dispose à croire que le génie du peintre ait reçu la moindre atteinte de l’âge et des infirmités. Le Printemps représente Adam et Ève avant leur chute, au sein de la bril-

4 Lettres, 20 novembre 1862.

1 Ces quatre tableaux appartiennent au Musée du Louvre, sous les n“s 448, 449, 430, 431.

s Le Poussin le sentait lui-même. 11 exprime sa pensée sur ce point d'une manière très-remarquable dans sa lettre du 13 mars 1G38. < Si la main mevouloit obéir, je pourrois, je crois, la conduire mieux que jamais; mais je n’ai que trop l’occasion de dire ce que Thémistocle disoit en soupirant sur la fin de sa vie, que l'bomme décline et s’en va lorsqu’il est prêt à bien faire. Je ne perds pas courage pour cela ; bar, tant que la tète se portera bien, quoique la servante soit débile, il faudra que celle-ci observe les meilleures et les plus excellentes parties de l’art qui sont du domaine de l'autre. » N’est-ce pas la même pensée que Bossuet exprimait plus tard sur le comte de Fontaines blessé à mort, en disant : « Montrer qu’une âme guerrière est maîtresse du corps qu'elle anime. > Oraison funèbre du Grand Condé.

lante végétation du paradis terrestre, à travers laquelle se promènent çà et là des animaux dont aucun n’était encore devenu l’ennemi de l’homme. Dieu sur un nuage bénit toute cette création, qui paraît bien, à sa fraîcheur, récemment sortie de ses mains. Le tableau de l'Été n’est pas moins riche : un paysage ouvert, dont les fonds variés annoncent la proximité d’une ville; sur le devant, des'moissons et des moissonneurs, à l’abri d’un arbre touffu, encadrent de leurs lignes harmonieuses le touchant épisode de Ruth et Booz. Une végétation plus rare, d’arides rochers annoncent dans le tableau de l’Automne les limites du désert; le sol est néanmoins déjà fertile, et il est facile de voir que le peintre a voulu représenter la terre de Chanaan ; deux Israélites traversent le devant du tableau, portant la célèbre grappe de raisin dont il est mention au livre des Nombres

Mais c’est surtout dans le tableau de l'Hiver ou du Déluye, que le génie épique du Poussin atteint son expression la plus terrible. Et cependant la composition est de la plus grande simplicité. Ce qui frappe au premier coup d’œil, c’est le ton général : nature éteinte , ciel gris, rochers sombres, arbres dépouillés, eaux dont la couleur opaque annonce la profondeur. Çà et là quelques figures destinées à exprimer les divers, mais inutiles moyens de se sauver, employés par

1 Chap. xm, v. 24.

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