DERNIÈRES CIRCONSTANCES DR SA VIE
reposait, dit-on, en se promenant vers le soir sur ces terrasses d’où la vue s’étend sur Rome, sur la vallée du Tibre, sur les montagnes de la Sabine, du Latium et de l’Étrurie. Les variations des teintes de l’horizon sous les jeux du soleil couchant, le caractère sévère et grandiose de la campagne et des monuments de la ville éternelle plongeaient le grand peintre dans cette méditation féconde d’où sortaient plus tard ces compositions à la fois circonscrites avec sagesse, disposées avec ordre, avec grâce, avec grandeur, laissant saisir, sous la transparence de l’expression , la profondeur de la pensée, empreintes de ce caractère d’unité mesurée qui lui faisait repousser de ses compositions jusqu’au moindre objet qui eût pu en troubler l’harmonie
C’est dans ce haut prix attaché à la tranquillité de la vie, dans ce besoin de ne troubler que le moins possible le silence de ses méditations, que se trouve l’explication de la réponse rapportée par Félibien dans l’anecdote suivante :
« M. Camille Massiini, qui depuis a été cardinal, étant allé lui rendre visite, il arriva que le plaisir
* Il y a lieu de croire que ses beaux-frères furent le plus souvent les compagnons de ses promenades. Il y admit sans doute, à une époque postérieure, Lebrun, Bousounet, Stella et Champagne le neveu, auxquels il portail un vif intérêt et accordait ses conseils. Il est moins facile d’assurer que Claude le Lorrain, son contemporain et son voisin, s'y soit mêlé quelquefois. On croit que Moïse Valentin protila de sa conversation. Voir note N, le morceau traduit de Bellori.
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de la conversation l’arrêta jusqu'à la nuit. Comme il voulut s’en aller et qu’il n’y avait que le Poussin qui le conduisait avec la lumière à la main, >1. Massimi, ayant peine de le voir lui rendre cet office, lui dit qu’il le plaignait de n’avoir pas seulement un valet pour le servir. — Et moi, repartit le Poussin, je vous plains bien davantage, monseigneur, de ce que vous en avez plusieurs. »
La conversation du Poussin, dont le charme retenait auprès de lui les hommes les plus distingués, avait été fécondée surtout par les études de tout genre dont il ne cessait de fortifier la connaissance profonde qu'il avait de son art. Ainsi nourrie et naturellement élevée, sa pensée, sans prétention et sans effort, atteignit plus d’une fois le sublime dans ses entretiens familiers. Nous en citerons un exemple. Se promenant un jour au milieu des ruines avec un étranger désireux d’emporter dans sa patrie quelque précieux fragment ; « Je veux, lui dit Poussin, vous donner la plus belle antiquité que vous puissiez désirer; » puis il ramassa dans l’herbe un peu de sable, des restes de ciment mêlés à de petits morceaux de porphyre et de marbre presque réduits en poudre, et le donnant à son compagnon il lui dit : « Seigneur, emportez cela et dites : cette poussière est l’antique Rome1. »
Le Poussin avait éprouvé une maladie assez
1 Rellori.