SUJETS MYTHOLOGIQUES
moyenne; les Armes d'Ênée, plusieurs Mars et Vénus1, plusieurs Vénus et Adonis, Mars et B/iéa Sylvia *, etc., se font remarquer par un ensemble gracieux et d’ingénieux détails.
Nulle part les épisodes et les objets accessoires n’occupent une place si habilement calculée, si heureusement remplie que dans ces compositions du Poussin Us consistent surtout dans les attributs des dieux et des héros qui y figurent, distribués entre les mains de nombreux amours, qui en font le plus souvent un usage où respire la gaieté, et jettent quelque éclairci bouffon sur des scènes quelquefois un peu hasardées; il semble que ces nombreux témoins des tendresses d’ Adonis ou de Mars adoucissent la vivacité de certaines caresses, et on aime à croire qu'en présence de ces enfants insouciants et joueurs, l’amour a son innocence, et les caresses mêmes leur chasteté.
Cette profusion de petits amours n’est sans doute point en harmonie avec la poétique de nos jours, qui demande le silence et fuit au désert, poétique développée depuis par des talents incontestables, introduite il y a un demi-siècle par M. de Chateaubriand, dans son histoire de René. Sans méconnaître ce qu’il y a de vraie grandeur à laisser l’homme à lui -même, au sein de la nature et sous le regard de Dieu, nous ferons remarquer que la beauté pittoresque a plus d’une forme, et que
1 Musée du Louvre, n° 438.
l’on ne peut juger les productions de l'art à une époque par les caractères et les exigences d’un temps postérieur.
Le Poussin sut d’ailleurs être grand sans ces accessoires, comme il savait les employer à propos. Mous en avons un exemple dans le tableau de l'Arcadie1. Cette composition, qui semble un épisode sérieux de quelque idylle perdue de Bion ou de Moschus, doit naturellement être rapprochée des souvenirs de la Grèce poétique. C’est à une laveur particulière des dieux qu il faut attribuer ce bonheur dont on jouit dans cette contrée, et qui rend plus frappante l’idée réveillée dans l’esprit des bergers par la vue soudaine d’un tombeau. Et in Arcadiâ ego, « et moi aussi j'ai habité l'Arcadie, j’ai joui de ses plaisirs enviés, de son bonheur calme et pur, et cependant la mort ne m’a point épargné.» Tel est le sens philosophique du tableau. Celte pensée de la mort que rien n'arrête, ni le bonheur, ni la gloire, ni la beauté, ni la richesse, a été exprimée par tous les poètes et par tous les moralistes de l’antiquité. Elle retentit depuis dix-huit siècles dans les chaires chrétiennes, mais la peinture ne l’avait guère abordée. Le Poussin lui a donné en quelque sorte un corps. La simplicité du paysage, l’âge plus mûr du berger qui découvre l’inscription, et parait insister sur la sagesse qu’elle exprime,
* Il y a deux compositions du Poussin sur ce sujet. La meilleure et la plus connue est celle que possède le Musee du Louvre, sous le n° 44a.