‹ Le PoussinChapitre 89 sur 155 · SUJETS TIRÉS DE L’HISTOIRE PROFANE · texte numérisé non relu

SUJETS TIRÉS DE L’HISTOIRE PROFANE

réfléchies, d’expressions étudiées; l’idée n’était pas encore venue au peintre que là, à cette source de faits, imparfaitement connus mais grands, dans ces caractères élevés, généreux, qui s’étaient développés en dehors des traditions chrétiennes, sous l’influence de l’amour de la patrie et de la cité, à la lumière des philosophies antiques, on pût puiser des sujets qui attirassent longtemps l’attention des Italiens du seizième siècle. Quoiqu’il ne soit pas démontré que tous ces artistes eussent une foi bien vive, quoique plusieurs d’entre eux au contraire aient marqué parmi les libres penseurs, ils vivaient dans un milieu fermé de tous côtés par les traditions catholiques, eux, leurs maîtres, leurs élèves, leurs familles, et avec eux les princes du monde et de l’Église, qui leur commandaient ces vastes travaux. 11 est vrai que, sur la demande de ces riches et quelquefois voluptueux patrons, il leur arriva trop souvent de retracer les faiblesses et les passions des dieux du paganisme. A côté de l’austérité acceptée des traditions chrétiennes, leur pinceau flexible se consacrait volontiers aux triomphes de Vénus, ou aux amours d’Apollon : Raphaël dessinait Jupiter et Ganymcde de la même main dont il peignait la Transfiguration. De l’histoire ancienne ou contemporaine rien, peuple chose du moins qui ne se rapportât d’une manière ou d’une autre à la gloire du saintsiège. Entre Ovide et les livres saints, Tite-Live et Thucydide n’avaient pas encore trouvé leur place.

Telle était au commencement du dix-septième siècle la situation de l’art et des esprits par rapport aux sujets de tableaux empruntés à l’histoire romaine ou grecque, lorsque le Poussin se plaça volontairement en face de Tacite, devant la scène émouvante et dramatique de Germanicus mourant au milieu de ses amis.

De l’examen de ce tableau et de plusieurs du môme genre dont nous avons rappelé les qualités plus haut, il résulte que sous la main du Poussin, surtout sous l’influence de son génie réfléchi, la peinture historique prit un caractère de profondeur qu’elle n’avait point eu jusqu’alors. La fidélité du costume, l’absence de tout anachronisme, la recherche de l’expression juste, déterminée par l’étude des historiens et des annalistes, le vrai sens des faits exprimé par le pinceau, telles sont les qualités que notre artiste a déployées en particulier dans ses compositions historiques, sans qu’à ces œuvres précieuses manquent les autres conditions plus générales que nous avons déjà reconnues en lui, et dont plus loin nous parlerons encore.

Le Germanicus mourant présente un de ces ensembles parfaitement combinés, où toutes les altitudes, toutes les expressions rentrent dans l’unité du sentiment qu’a voulu exprimejfcle peintre. C’est le moment où ses amis, répondant à ses dernières paroles, jurent de venger sa mort'; tandis

1 « Juravêre amici, dexlram morientis contingentes, spiritura an-

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