‹ Le PoussinChapitre 90 sur 155 · SUJETS TIRÉS DE L’HISTOIRE PROFANE · texte numérisé non relu

SUJETS TIRÉS DE L’HISTOIRE PROFANE

qu’au chevet de son lit Agrippine voilée cache une douleur que l’art s’est jugé impuissant à décrire, et qui ressort de son silence plus profonde et plus vive. Nous n’avons sous les yeux ni le tableau, ni la gravure de la Prise de Jérusalem par Titus, mais si nous en croyons Félibien, qui en parle comme l’ayant vu, le Poussin « y représenta l’empereur victorieux, et à ses pieds la nation juive qui, par le misérable état où elle fut réduite, devait bien connaître dès lors l’effet des menaces qu’elle avait si souvent entendues des prophètes, et de la bouche même de Jésus-Christ. On y voit, poursuit-il, ce temple célèbre saccagé par les soldats, qui, en le détruisant, emportent le chandelier, les vases d’or, et les autres ornements sacrés qui le rendaient si riche et si considérable*. »

Nous pourrions nous livrer à des observations analogues sur les deux tableaux de Y Enlèvement des Sabmes, principalement sur celui que possède le Musée du Louvre. Nous ferions ressortir la clarté introduite dans une pareille scène, malgré sa confusion, l’habile distribution des groupes, la disposition particulière de chacun d’eux, les expressions variées des filles qui résistent en vain, des mères suppliantes, celles des ravisseurs, auteurs de cet acte de

tequam ultionem nmissuros (Tac. Ami., liv. Il, eh. lxxi). » Celte dernière citation vient à la suite de celle de la page 50. 11 est du reste nécessaire de lire tout te discours de Gernianicus pour bien comprendre le tableau.

1 Félibien, t. IV.

violence, accompli néanmoins sous l’impérieuse impulsion des sentiments naturels les plus légitimes; nous montrerions qu’au milieu de tant d’attitudes diverses, il n’en est aucune qui ne représente la forme humaine, principalement celle de la femme, dans scs plus belles conditions, sous ses perspectives les plus favorables. On en trouve la preuve dans la fdle qui se réfugie aux bras de sa mère, dans celle qui cherche à échapper à l’étreinte de son ravisseur1, etc.

Le Maître d'école des Falisques présente moins de mouvement et d’élégance, ces qualités ne ressortaient pas du sujet; mais les expressions y sont pleines de vérité, particulièrement dans les enfants et dans le général romain indigné. La figure nue du traître témoigne du degré où le Poussin avait porté la science du dessin; elle semble une étude d’après Phidias.

L’Enlèvement du jeune Pyrrhus appartient à une époque peu éloignée des temps héroïques. A part la présence du dieu représentant le fleuve qui passe à Mégare, le sujet est traité dans toute la sévérité historique 2.

* Que l’on compare cet enlèvement des Sabines au même sujet traité par Baccio Bandinelli, élève de Micliel-Ange, on sera frappé de la supériorité du Poussin, surtout dans l’ordonnance générale et dans le choix des expressions.

* Voir les diverses gravures qui en ont été données, et l’analyse qui en a été faite par Gault de Saint-Germain, p. î>0, à la suite de l’éloge du Poussin. Voir aussi Plutarque, Vie de Pyirhus, ch, i et n.

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