SUJETS TIRÉS DE LT1IST0IRE PROFANE
Les divers groupes de cette composition sont dans un rapport bien entendu les uns avec les autres, liés, mais distincts, La disposition générale du tableau est claire sans affectation et sans minutie. Les Mégariens accourus sur la rive opposée, expriment, par leur empressement, l’intérêt qu’ils attachent au message que leur portent le javelot et la pierre lancés par des mains sûres. Les deux jeunes gens chargés de ce soin sont d’un beau dessin et dans des poses habilement contrastées; l’un d’eux reproduit, à peu de chose près, le gladiateur antique. Le groupe des femmes, nourrices et gardiennes du fils d’Éacidès, se relie à ces ligures par deux guerriers dont un indique de loin, en le désignant de la main aux Mégariens, l’enfant espoir du trône. La pose de ces femmes, l’élégance de leurs formes, principalement de celle qui porte la main à sa tète, sont dignes de l’antique, dont ce tableau semble un précieux fragment. Un peu loin derrière, les défenseurs de la famille repoussent les Molosses. Au fond, au milieu d’un mélange pittoresque d’arbres et de rochers, apparaissent quelques édifices, statues, basreliefs, monuments de la ville de Mégare; le fleuve rouleau second plan ses eaux torrentueuses, formant ainsi à la fuite de Pyrrhus l’obstacle qui fait le nœud de la composition *.
Une grande réflexion, les convenances de l’histoire observées avec scrupule, les caractères appro-
1 Malheureusement la couleur de ce tableau a souffert.
priés à l’acliou, tous les accessoires subordonnés au fait principal, un effort heureux et continu pour que, dans toute composition, l’idéal soit en harmonie avec le réel; toutes ces qualités que l’on rencontre dans ses prédécesseurs, à des degrés divers, ont été portées par le Poussin au point le plus élevé où elles puissent parvenir sous l’influence d’un esprit judicieux, qui ne pardonne aucune déviation à l’accord du beau et du vrai. Quand on compare ces compositions historiques aux compositions mythologiques dont nous avons parlé plus haut, on y retrouve les mêmes qualités, mais alliées à d’autres que réclame la gravité de l’histoire, et l’on admire, dans notre peintre, une flexibilité qui se rencontre rarement dans les génies profonds et sévères.
Quoique le Poussin ait, à toutes les époques de sa vie, consacré son pinceau à des compositions variées, empruntées soit à la mythologie, soit à l’histoire profane ou sacrée, et qu’il ait fréquemment passé d’un genre à l'autre, nous croyons néanmoins pouvoir avancer que, dans l’ordre du travail de sa pensée, il s’est préparé par l’étude des sujets historiques proprement dits, à traiter ceux qu’il puisa dans l’histoire sacrée, et que, de même qu’en modifiant la grâce, le mouvement, le charme qu’il savait mettre dans les sujets mythologiques, par la sobriété, la gravité qui conviennent à l’histoire, il réussit dans ces compositions plus sévères; de même il sut ajouter aux qualités que demande l’histoire, une certaine grandeur, une certaine onction, et les autres