SUJETS TIRÉS DE L’HISTOIRE SACRÉE
encore trop pénétrés pour ne pas lire, avec plus de fruit et plus facilement, dans les circonstances qui s’y rapportent.
Ces considérations expliquent, et la préférence des artistes pour les sujets sacrés, et la disposition générale à réclamer le concours de leur talent en faveur des églises, des chapelles, des monastères. Cet état de choses, encore persistant en partie de nos jours, était à peu près exclusif à l’époque du Poussin.
Personne avant ni après lui, excepté Lesueur, n’a su donner aux sujets empruntés à l’histoire sainte et à la pratique de la religion un caractère de plus grande vérité. Parmi les nombreux tableaux de ce genre dus à son pinceau, il y en a de très-divers, et tous ne comportent pas l’expression religieuse au même degré. Si par exemple, le Frappement du rocher, la Manne dans le désert, le Passarje de la mer Rouge, exigent la présence, en quelque sorte divine, du législateur des Hébreux; si l’intervention de Jéhovah s’y doit sentir et. dans l’attitude de Moïse, et dans l’émotion de la foule; il est plus difficile de faire ressortir un sentiment pieux du tableau de Rébecca à la fontaine; néanmoins, dans cette dernière composition même, exécutée dans un tout autre but 1
■ «... Quand le Poussin Ht son tableau de Rébecca..., j’étais encore à Rome lorsque la pensée lui en vint. L'abbé Garot avait envoyé au cardinal Mazarin un tableau du Guide, où la Vierge est assise au milieu de plusieurs jeunes tilles qui s’occupent à différents ouvrages. Ce tableau est considérable par la diversité des
que le but apparent, il est impossible de ne pas reconnaître un sujet qui n’est ni profane, ni à proprement parler, historique, ni purement de fantaisie. Le caractère patriarcal de cette jeune fille suivie de ses servantes, et vaquant elle-même au soin des troupeaux, ne peut appartenir qu’à la vie des Hébreux, qu’à cette contrée de l’Asie, qu’à cette époque de l’histoire. Ce n’est point la Nausicaa d’Homère, quoiqu’elle s’en rapproche, ce n’est point la fille de Pharaon près des eaux du Nil, c’est la fille d’un Hébreu riche en troupeaux et en culture, allié à la famille des patriarches, et appelé à partager les grandes destinées promises à la postérité d’Abraham.
airs de tête nobles et gracieux, et par les vêtements agréables peints de cette belle manière que le Guide possédait. Le sieur Pointel l'ayant vu, écrivit au Poussin, et lui témoigna qu’il l’obligerait s’il voulait lui faire un tableau, rempli, comme celui-là, de plusieurs filles, dans lesquelles on put remarquer différentes beautés.
Le Poussin, pour satisfaire son ami, choisit cet endroit de l’Écriture sainte, où il est rapporté comment le serviteur d’Abrabam rencontra Rébecca qui tirait de l’eau pour abreuver les troupeaux de son père, et de quelle sorte, après l’avoir reçu avec beaucoup d’honnêteté, et donné à boire à ses chameaux, il lui fit présent des bracelets et des pendants d'oreille dont son maître l’avait chargé (Félihien, t. IV.)
, Voir sur ce même tableau, indépendamment des réflexions de Félibien, la curieuse discussion de Philippe de Champagne et de Lebrun devant l’Académie de peinture, etc., imprimée dans les Mémoires inédits, etc., t. 1er, p. 245.) Le neveu de Philippe, Jcan- Baptiste de Champagne, exerça également son jugement sur quelques auftis tableaux du Poussin, dont il avait reçu les conseils à Home en 1658.