‹ Le PoussinChapitre 94 sur 155 · SUJETS TIRÉS DE L'IÜSTOIRE SACRÉE · texte numérisé non relu

SUJETS TIRÉS DE L'IÜSTOIRE SACRÉE

La grandeur qui caractérise les sujets empruntés aux saintes Écritures a cela de particulier qu’elle n’est pas une grandeur de convention; elle n’a rien de l’éclat des supériorités terrestres, et ne peut atteindre son expression vraie, que par l’effort d’une méditation profonde, appuyée sur un sens judicieux et une connaissance attentive du costume et des moeurs. Le David du Guide avec son bonnet surmonté d’une plume, sa nudité couverte d’une peau de mouton et son attitude de danseur, peut être bien dessiné et bien peint, mais il ne présente qu’une image ridicule comparé au David du livre des Rois1. On doit reconnaître que ces sortes d’anachronismes du costume et de la pensée ont été très-fréquents parmi les prédécesseurs et même les contemporains du Poussin, et rendre à ce dernier la justice qu’il est toujours resté observateur scrupuleux des convenances de temps, de lieu, de situation a, etc.

Ce talent n’est pas le seul qu’il ait déployé dans les sujets sacrés; il s’y est élevé à un mérite bien supérieur au mérite, nouveau il est vrai, mais toujours modeste de l’exactitude. Dans la composition de ces tableaux, dans l’expression des personnages,

1 Musée du Louvre, n° 320.

1 Nous en excepterions volontiers la présence, explicable néanmoins, des dieux des fleuves dans des tableaux dont le sujet n’est pas mythologique; ainsi dans le Pyrrhus, dont nous venons de parler, et, ce qui parait encore plus hors de saison, dans le sujet tout biblique de Moïse exposé sur le JV»7.

dans ies rapports établis entre eux par chaque groupe, et entre les groupes eux-mêmes, le sens pieux du sujet se fait toujours saisir; l’histoire y grandit de la présence de Dieu : le Jéhovah des Juifs se montre partout dans les compositions bibliques, l’esprit du sauveur respire dans tous les tableaux qui ont pour objet des sujets chrétiens. La nuance des deux testaments est admirablement saisie, et exprimée sans efforts. Dans les sujets empruntés à l’ancien, les rois de la terre, les guerriers, les législateurs ont leur place; la puissance de l'homme sur l’homme y est souvent représentée par les attributs qui environnent les royautés mondaines; le chef du peuple hébreu mêle à sa dignité spirituelle de prophète plus d’une des ressources réservées à la puissance terrestre. Tous ces détails sont retracés, gradués, opposés avec une science réfléchie, avec un goût sûr. Dans les sujets empruntés aux évangiles et aux autres livres qui les ont suivis, point de grandeurs humaines, des pauvres, des enfants, des femmes, des vieillards ; partout la nécessité de racheter, par les qualités d’un ordre supérieur, l’obscurité des sujets, la vulgarité des circonstances. Mais combien le Poussin n’y a-t-il pas réussi I Que ne sont pas devenus sous son pinceau, ces pâtres, ces femmes pécheresses, ces publicains repentants, ces centurions pleins de foi ? « Toute la gloire de la fille du roi, dit l’Écriture, émane de son intérieur1. »

‘ Omnis gloria üliæ regis ab intùs, Ps. 44, 45.

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