SUJETS TIRÉS DE L’HISTOIRE SACRÉE
Dans cet ordre de sujets traités par lui, tout est dans l’expression des sentiments intimes, expression calme, digne, sainte, bienveillante, qui ne consiste pas par conséquent dans de grands mouvements de la figure, et d’autant plus difficile à reproduire que l’état de l’esprit et du cœur y a plus de part que les traits du visage. Un certain prestige de grandeur, même humaine, environne le Moïse frappant le rocher, refermant d’un signe de sa baguette puissante les eaux diviséesde lamer Rouge ; le législateur divin apparaît en lui, lorsqu’il descend du Sinai, et que les tables échappent de ses mains indignées. On voit à l’avance le parti que la peinture pourra tirer de cette grande situation, du sentiment que Moïse dut avoir de la dignité de sa mission, de l’attente qui imposait silence aux peuples devant lui ; mais Jésus-Christ entrant dans Jérusalem, Jésus- Christ pardonnant à la femme adultère, Jésus-Christ errant et pauvre, faisant la Cène avec ses disciples, n’opérant que des actes de la plus grande simplicité, importants seulement par leur caractère moral et l’avenir religieux qui leur est promis, ce sont là des sujets qui demandent, pour être convenablement traités, les ressources du génie alliées à une délicatesse de sentiment et d’expression qui se rencontrent rarement.
Le Poussin s’est élevé à cette supériorité, à laquelle on peut afiirmer que bien peu de peintres sont arrivés au même degré. Il est facile de s’en assurer par l’étude de son œuvre comparée aux
œuvres des plus grands maîtres. On pourra trouver de plus vastes compositions, plus de solennité mondaine, des attitudes plus grandioses, des expressions plus recherchées, nulle part on ne rencontrera le fait plus fidèlement exprimé à la fois dans sa simplicité, dans sa vérité, et néanmoins dans son idéal. Et cependant, le Poussin a partout conservé son caractère propre, son originalité. Dans ses tableaux représentant les traits de la vie de Moïse, de celle des Patriarches, dans les nombreuses compositions, quelquefois répétées, qui concernent la vie de Jésus-Christ, celle de sa mère, les actes de ses apôtres, il est impossible de ne pas reconnaître un cachet particulier, d’autant plus saillant que, dans ces sujets, la plupart des autres peintres retombent presque toujours dans les données de leurs prédécesseurs.
En résumé, nous pensons que quel qu’ait été le talent déployé par le Poussin dans sa manière de traiter les fables mythologiques, et les faits qu'il emprunta à l'histoire proprement dite, c’est dans les sujets sacrés qu’il a montré toute la hauteur de son génie. 11 fut porté sans doute et soutenu par la grandeur de l’objet, il trouva dans l’esprit de la ville de llome et dans ses pieuses traditions, dans les convictions de ses compatriotes, empressés à l’envi de posséder quelqu’un de ses tableaux, des dispositions favorables, en harmonie avec l’élévation de ses pensées; mais il sut aussi éveiller autour de lui une conception plus grande de la peinture sacrée