‹ Le PoussinChapitre 97 sur 155 · EXPRESSION · texte numérisé non relu

EXPRESSION

le mouvement, et un charme qu’il serait impossible de définir?

Tel nous voyons le Poussin dans la composition de ses tableaux. La facilité irréfléchie de Vouet compromettait déjà la peinture et l’entraînait dans des voies où le sens élevé de l’art se fût bientôt perdu; le goût sévère du Poussin devint comme la lumière qui éclaira le berceau de la nouvelle école française représentée à Rome par Lebrun et d’autres jeunes peintres, en France par Lesueur et Philippe de Champagne.

Expression. — L’expression est le champ le plus vaste où s’exerce la peinture; là où l’invention et la composition n’ont point, ou n’ont que peu de place, dans le portrait, par exemple, la nécessité de l’expression se fait sentir avant tout. Quoiqu’il soit vrai de dire que l’attitude des figures, le mouvement des draperies, et jusqu’à la disposition des objets inanimés ont leur expression, néanmoins l’expression appartient avant tout à la figure humaine. L’art de la peinture a pour objet général, et pour moyen principal d’atteindre son but, l’imitation de la forme par le dessin et la couleur. Or la plus fidèle et la plus haute expression de l’homme est dans les traits du visage. Aussi voyons-nous dans l’enfance de l’art, à une époque même où il a déjà acquis une certaine expérience, que les tableaux ne sont guère que des collections de portraits, que les corps y sont disproportionnés, les extrémités très-imparfaitement dessinées, que tout enfin y est sacrifié

à la tète, et que la préoccupation exclusive de reproduire l’expression du visage a fait négliger l’étude du reste. Cette disposition explique pourquoi le plus souvent, avant Raphaël, toutes les têtes expriment le recueillement pieux, la soumission religieuse, le sentiment du repentir, etc. Aucune idée, si ce n’est l’idée religieuse, n’a de généralité au moyen âge, et il faut arriver jusqu’à la Renaissance pour que d’autres pensées entrent dans le domaine des sentiments généraux et des affections nationales'.

Déjà même avant Raphaël, l’expression des têtes s’était quelquefois rencontrée avec un dessin plus correct et plus régulier des corps; ce progrès fut dû surtout à l’école de Florence; il fournit les moyens de faire valoir les expressions des figures les unes parles autres; mais il faut reconnaître que c’est surtout dans les œuvres du peintre d’Urbin que commencent d’une manière décisive les rapports calculés de ces types variés qui donnent à la composition le caractère dramatique dont l’effet charme , instruit et retient le spectateur. Nous avons déjà fait remarquer que le Poussin se rattache, dans toutes les parties de la peinture, à Raphaël et à l’antique, mais l’antique n’a pu lui fournir que des types individuels, ou tout au plus quelques groupes*. C’est

1 Ces circonstances expliquent le nom de Paganisme appliqué à la peinture de Raphaël par les admirateurs systématiques de l’art au moyen âge.

* Le palais l)oria â Rome possède une copie de la Aoce Aldo- Irandine exécutée par le Poussin, mais ce tableau était le seul

Page 1