‹ Le PoussinChapitre 98 sur 155 · EXPRESSION · texte numérisé non relu

EXPRESSION

principalement à cette dernière source qu’il a puisé l’expression contenue des sentiments, des joies et des douleurs humaines, par laquelle l’antiquité sut si bien retracer toutes les émotions de l’âme, en respectant néanmoins la dignité de la ligure de l'homme et la noblesse de ses mouvements. Mais c’est dans l’étude de Raphaël qu’ilapprità combiner ces éléments de toute expression pittoresque appropriée soit à l’histoire des dieux et des héros, soit au spectacle de la nature, ou rappelant à la vénération des peuples les saintes annales de la religion, et les traits sublimes qui marquent l’accomplissement des mystères sacrés.

Le Poussin aime à rappeler lui-même la supériorité des anciens, et les perfections de Raphaël'; il

exemple de peinture antique alors connu, et ne pouvait fournir à l’étude des expressions mises en rapport entre elles qn’un sujet fort restreint. On croit aussi que le Poussin s’est quelquefois inspiré des figures du Térence du Vatican. Cette observation n’est pas sans vérité. Elle ne peut néanmoins avoir pour objet que ses compositions dans le genre dramatique un peu familier, par exemple la Femme adultère. L’antique et Raphaël restent les inspirateurs du reste.

1 V. Lettres , passim. 11 serait intéressant de connaître le jugement du Poussin sur Michel-Ange, mais aucun document ne nous met sur la trace. Il est difficile de croire qu’il n’en appréciât pas les grandes qualités, il l’est également de penser que la sévérité de son goût ne trouvât rien à reprendre dans la hardiesse de ses conceptions. M. de Chambray, dans son ouvrage de l’Idée de la perfection de la peinture, juge avec rigueur le tableau du Jugement dernier. Poussin parait, par sa correspondance, approuver ce livre sans restriction. Devons-nous en conclure qu’il porte le même jugement sur celle grande et fougueuse composition? La conclusion nous paraîtrait hasardée.

s’empresse de proclamer son infériorité. Confirmerons-nous l’arrêt de sa modestie? Non! et, sans le placer au-dessus de l’homme qu’il reconnaît pour son maître, nous ne pouvons oublier les qualités qui lui sont propres, celles par lesquelles il a porté l’expression au plus haut degré de vérité. Sa vie recueillie lui rendait familière et de tous les instants l’étude des émotions de l’âme, des pensées, des sentiments reproduits par le jeu de la physionomie et par les mouvements du corps. Raphaël, entraîné par l’amour, par la richesse et par la gloire, ne pouvait concentrer sa vie dans cette application innée du Poussin ; ses facultés y avaient suppléé, mais dans le jet facile de son inspiration, on ne pouvait rencontrer la profondeur et la juste mesure de son admirateur; plus d’élégance, plus de mouvement, plus de beauté même, mais moins de cette précision, de cet à-propos, de cet accent dramatique dont s’animent les scènes sorties du pinceau du peintre des Àndelys. Que l’on examine la composition qui retrace le miracle de la vue rendue aux aveugles de Jéricho, le tableau où sont représentés la femme adultère, et Jésus-Christ écrivant sur le sable : quelle variété significative dans les têtes, dans les attitudes ! quelles habiles oppositions, quelles passions diverses, selon la diversité des acteurs I Que dire de l’accent triste et sublime dans sa simplicité du Testament d’Eudamidas? du caractère divin de l’Ordre et de l’Eucharistie ? Comment méconnaître la joie printanière em-

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