EXPRESSION. 3> I
preinte sur toutes les physionomies dans le triomphe de Flore? les souffrances des Israélites recevant du ciel la manne qui doit les sauver de la faim? l'accablement et le dégoût dans les victimes de la peste d’Azot et dans ceux qui les assistent? le désespoir des mères dans les Sabines et dans le Massacre des Innocents? Il serait trop long d’analyser ici cet ensemble fécond d’études judicieuses, et par suite de rapports bien entendus, d’expressions vraies. Résumons donc les qualités du Poussin dans cette partie de la peinture en disant : à la profondeur de l'expression dans ses figures le Poussin a réuni la clarté, à l’idéal la vérité ; il eut la science rare de les faire valoir les unes par les autres, soigneux d’exclurcjusqu’aux accessoires qui diviseraient l’attention du spectateur et obscurciraient la pensée du peintre. Tous ses tableaux semblent des scènes prises sur le fait, et arrêtées par le pinceau au moment le plus expressif.
La peinture s’est exercée sur de plus grandes toiles, elle a, souvent avec succès, couvert de figures de vastes pans de murailles; dans ces magnifiques ensembles, on peut admirer çà et là quelque expression sublime, quelques groupes hardis, quelques oppositions frappantes, le reste échappe le plus souvent à l’attention du spectateur. Qu’on nous permette de rappeler ici l’opinion que nous avons exprimée plus haut *, savoir que le peintre, pour atteindre
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la perfection de la composition et de l’expression, est plus sûr de lui-même quand il opère sur une toile d’une médiocre étendue, comme l’ontdémontré le Poussin, dans toute son œuvre, Le Sueur, dans l'iiisloire de saint Bruno, etc.
En attribuant ce choix du peintre normand au besoin de préciser son sujet, de l’embrasser dans ses moindres détails, d’un coup d’œil et d’une seule vue, nous reconnaissons que les besoins de ses contemporains répondaient à celte disposition de son génie, mais qu’il ne fut point exclusif. Il écrit en effet à M. de Chantelou, à la date du 29 août 1 655 : « Pour ce qui touche la Vierge en grand que madame de Mont mort voudrait que je lui fisse au lieu d’une petite, il me semble qu’en changeant d’avis elle ne choisit pas plus mal, les choses représentées de grandeur naturelle saisissant davantage la vue'. »
Quant aux nécessités, en quelque sorte matérielles du temps, elles sont judicieusement appréciées dans le passage que nous allons citer d’un écrivain contemporain : « Si l’on réfléchit à la nature des conceptions du Poussin, si l’on se représente les habitudes d’esprit et de corps des spectateurs pour lesquels elles étaient préparées, et enfin si l’on tient compte de la disposition et de l’exiguité des lieux où ces peintures devaient être exposées, on doit facilement comprendre comment l’artiste qui s’était imposé la loi de satisfaire à toutes ces condi-
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