LES PRISONNIERS DE SAINT-MALO
I. La vie des prisonniers au château de Sainl-Ualo. — La GorrMpondance de Fonleile. — Durs trailoments qu'ils subissent. — Correspondonces clondeslines.
II. Les écrits de Lo Ghololois. — Lettre ji Loverdj. — Lettre à Saint-Florentin. — Démarcbei des parents des prisonniers à Paris.
Pendant que le Parlement se préparait à juger le.s magistrats accusés, ceu.x-ci restaient enfermés au cliàteau de Saint-Malo. Ils y étaient traités avec rigueur. Qu'il faille les regarder comme des martyrs, qu'ils aient eu à subir un régime barbare : nous ne le prétendons point, ce ne serait pas exact. La privation de la liberté est par elle-même une peine assez cruelle, et rinternement cellulaire était pour ces magistrats, habitués à juger les autres, à jouir de toutes les aises de la vie, la plus douloureuse des épreuves.
L'opinion publique les a plaints justement et s:i pitié est allée naturellemiMit aux infortunés déU5nus pluU^t qu'à ceux qui les gardaient. Mais les nouveaux historiens du duc d'Aiguillon ont, ' cette fois encore, renversé les rôles, ils se sont éh*vés contre a les exagérations traditionnelles d'une légende qui dure encore, » et dans leur ardeur à détruire cette légende, ils ont entrepris
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la tâche invraisemblable de nous démontrer qu'entre les victimes et leurs gardiens, les plus malheureux... c'étaient les gardiens. Jusqu'ici on s'apitoyait sur le sort des prisonniers, surtout des prisonniers politiques ; d'après ces écrivains, c'est celui des officiers qui les gardaient qui mérite seul notre commisération. Ils furent toujours d'une douceur angélique, d'une patience à toute épreuve, d'une humanité voisine de la faiblesse.
Au contraire,* les prisonniers, eux, ne s'adoucirent jamais. La Chalotais et Caradeuc surtout se montrèrent constamment « violents et farouches; » ils accablent leurs « geôliers » d'invectives ; ils ont l'air de ne pas comprendre « qu'eu plaçant de tels hommes a côté d'eux on rend honneur à leur état de magistrat; » et certes « on les plaindrait davantage s'ils s'étaient plaints moins aigrement eux-mêmes et s'ils avaient été moins injustes envers les officiers chargés de la pénible mission de les garder * .
C'est la correspondance' récemment publiée du chevalier de Fontetto qui a servi de base à cetto découverte extraordinaire*. Ami personnel du
1. Henri Corré, La Chalotatg et le due d'Aiguiltom, Inlrod. p. Il, 13, 29, 32. — Mnrrel Marion, A« Breimgme et U éttt d'AigmlioH, p. 375-3SO.
2. Lo Correspondance tlu rheYalier de Fontelta m été déeourerte à la Bibliothèque de Dijon el publiée en 1803 par M. Henri Carré, professeur h la Focullé de* LeUres de Poiliera, tout ea litre : La Chalotais ei le due d* Aiguillon, Corretpomdumce du eke* palier de FonUtie. Elle forme un Tolume in-8* de 615 p., elle Ta du 10 mars 1700 on 21 noAt 17fiS et comprend 846 lettrée, dont 106 de Fonletle, 80 de La Noue et 66 de Barrin.
Le cbevolier Jeon-Boptiste Fevret de Fontette était alort Agé de 53 ons. Il étoit brigodier d'infanterie. Il devint maréchal de camp le 3 jonrier 1770, et mourut à Dijon en jaBrier 1706. II . 15*
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duc d*AiguilIon, il avait été chargé par celui-ci do surveiller les magistrats. II s'acquitta de sa tâche avec courtoisie, mais sans se départir d'aucune des mesures très rigoureuses prescrites par les ministres.
« C'est une race bien insupportable, dit-il, que celle des procureurs généraux de Bretagne. J'en ai deux ici que je donne au plus habile de satisfaire. L'un est une tète échauiïée dès le sein de sa mère, qui ne fait que clabauder et me chanter pouilles dans toutes les lettres que j'ai condescendance de lui laisser écrire par toutes les postes à sa famille ; car il n'y a jamais eu d'ordre pour rendre la liberté de l'écritoire aux prisonniers. Je prends seulement la précaution de les recevoir décachetées, soit qu'ils écrivent, soit qu'on leur écrive, et comme M. de la Chaletais sait que je dois les lire, il les remplit d'invectives contre moi, qui ai eu la bonté, Thumanité d'adoucir des trois quarts son état. Tantôt je suis un « geôlier, » tantôt un a inhumain, » un (c barbare, » un homme a qui n'a point d'amis et n'est point fait pour en avoir. » Voilà les petites douceurs (|u'il me fait lire de temps en temps. Il en dit bien d'autres aux officiers qui rapprochent, qui en usent, avec lui, avec la plus grande honnêteté et modération.
M Son fils est moins emporté, mais encore bien plus inquiet. Il tracasse tout le monde et jusqu'au domestique qui a eu la bonté de s'enfermer avec lui. Ce pauvre diable demandait l'autre jour pour toute grAce qu'on le mit au cachot.
« Tous les autres prisonniers sont les meilleures gens du monde et il n'y a jamais avec