‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 2)Chapitre 106 sur 190 · LES PRISONNIERS DE 8AINT-MALO · texte numérisé non relu

LES PRISONNIERS DE 8AINT-MALO

eux le plus petit mot. En général, on a les plus grands égards pour tous, mais je vous avouerai que quant aux petites attentions je m*en crois dispensé pour M'*" de la Chalotais, qui croit avoir affaire aux huissiers et autres gens du bas palais quMl menait le b&ton haut.

<c J'ai envoyé du vin et tout ce que je puis imaginer d'amusant en brochures aux autres, et même à son fils, qui dit quelque bien de moi dans ses lettres. Quant à lui, je me crois dispensé des petits soins à son égard ; ceux de Thumanité étendus autant qu'ils peuvent Uétre, et puis c'est tout. On lui fait passer ce qu'il demande en vivres, livres, etc.; il se promène deux fois par jour, s'il veut. Il va à la messe, quoique ce soit ce dont il s'embarrasse le moins. 11 n'est jamais content. Je vous assure que ce n'est qu'un fou dont le public a bien été la dupe. Son Compte rendu lui a tourné la tête. 11 s'est figuré qu'il était de lui, et il est peut-être le seul à ignorer aujourd'hui que c'est d'Alembert qui l'a fait. Je voudrais bien qu'on me débarrassAt de cet enragé. Je vois par malheur que le Parlement de Rennes lambine fort *. »

On reproche à La Chalotais ses intempérances de langage : il traite l'oflicier qui le garde do « barbare » et d' « ogre ; » celui-ci l'appelle «( fou » et « enragé. » Lequel des deux est le plus violent ? Et si par hasard le procureur général avait un jour fait jeter M. le chevalier de Foutctle dans un cachot pour un délit puéril et

1. Correêpondance Fonlelte, p. 158. FonleUe à La Noue, Sainl-Malo. le 29 avril 1766.

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imaginaire, qui pourrait dire si celui-ci n*eùt point épanché sa colère on traits plus mordants?

C'était pour les prisonniers une vengeance bien anodine que d'insérer quelques duretés dans les lettres qui passaient sous les yeux de leur gardien et une bien faible protestation contre cette violation du secret de la correspondance, peine la plus humiliante qui pût être infligée à un haut magistrat.

De quoi se plaint-il?... Il doit être heureux : il se promené deux fois par jour... Oui, mais on ne dit pas qu'il se promène sur le haut d'un rempart long do cinquante pas et large de quatre, dont on a eu soin de fermer la vue du cAté de la mer par uno haute palissade.

Le flls est moins emporté; et pourtant il lui prend des accès de colère contre roflicier «c qui lui rend ses soins, » selon le mot de Fontette, qui décidément aime les euphémismes. Et celui-ci prie M'"* de Caradeuc de faire entendre à son mari « que quand on commet des officiers pour lui rendre <les services, c'est un honneur qu'on accorde à l'état de magistrat, et non un droit qu'on lui donne pour les maltraiter et en user avec eux comme avec des inférieurs'. »

Les prisonniers, il faut le reconnaître, se montrèrent peu sensibles à cet honneur. Ils s'en seraient sans doute passés volontiers et eussent préféré ne pas être en position de le mériter. Entra-t-il dans leur esprit un peu de ce sentiment de rivalité, de dédain que la robe éprouve parfois pour l'épée, l'homme de la loi pour

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