‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 2)Chapitre 107 sur 190 · LES PRISONNIERS DE SAINT-MALO · texte numérisé non relu

LES PRISONNIERS DE SAINT-MALO

rhommo de la force, c'est possible. Quand La Chaloiais parle avec acrimonie du « militaire, » de la <c soldatesque, » il semble éprouver comme un ressouvenir amer du Cédant arma logœ.

Fontette se montre froissé qu'on le traite de ce geôlier. » Quel rôle remplissait-il après tout? Et le métier qu'il avait accepté était-il donc si honorable ?

En somme, les six magistrats étaient soumis h une consigne rigoureuse et fort dure. Enfermés dans dos cellules humides, aux fenêtres masquées par des halles en bois, il leur était interdit de se voir, de se parler, de recevoir personne.

Fontette, il est vrai, se montre rempli do déférence et de courtoisie pour les femmes, il transmet volontiers les menus objets dont elles le chargent pour leurs parents : des paniers do beurre, des porte-manteaux, des lunettes, des perruques; elles lui en témoignent avec effusion leur reconnaissance. Il prie même M**' do Caradeuc d'engager son mari n à soigner davantage son ajustement : il se promène vêtu d^une robe de chombre fort délabrée et ne se fait raser quo le dimanche ' ! » Vraiment, ce « geôlier » était aux petits soins!

Ce qui préoccupe le plus ces dames, c'est la messe du dimanche. Fontette qui était un parfait sceptique n'y avait pas pensé d'abord^. On finit par installer une chapelle au château pour la fête de Pâques. Or, un jour, en sortant,

1. Correspondance Fonieite, p. \hS, 155, 160, 163, 167, 170, 171.

2. « Ce n'est pnt un quorl d'heure passé dans une chapelle toutei lei semninet qui peut lui élre d'un grand ioulagemanl, écrit-il à M*« de Corodeuc. (Corre$p. Fomieiie, p. 163.

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322 LE DUC d'aiguillon et la chalotais

M. do Caradeiic ayant* aperçu son père au haut d'un escalier se précipita pour l'embrasser. Cela suffît : & partir de ce moment l'assistance à la messe leur fut interdite, môme le jour de la Pentecôte, ce dont M"** do Caradeuc est navrée ; mais, malgré toutes ses instances, Fontette resta inflexible K

Une peine plus sensible encore devait bientdt les frapper. Le 2 juin, toute correspondance fut interdite à M. de la Chalotais. Il lui fut également défendu de recevoir des lettres et d'en écrire. C'était. une mise au secret absolu. Cette nouvelle rigueur était destinée a le punir d'avoir entretenu avec sa famille une correspondance clandestine. M. de la Fruglaye nous raconte par quel curieux procédé il y était arrivé :

« Les accusés restèrent encore quelque temps au cliAteau de Saint-Malo, sous la rigoureuse garde du geôlier Fontette. M. de Caradeuc, n'étant pas doué de la môme patience que son père-, se permit quelques propos violents pour lesquels on le menaça du cachot. Sa femme et la mienne l'ayant appris se rendirent a Saint-Malo pour tâcher d'adoucir M, de Fontette.

« 11 leur fit les plus violents reproches sur les moyens qu'elles prenaient pour tromper sa vigilance, et leur montrant une collection de petits ronds d'ardoise, il leur dit :

— « Est-ce que vous connaissez cette monnaie, Mesdames ?

— « Sans doute, lui dirent-elles, vous faites

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