‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 2)Chapitre 108 sur 190 · Corrcipomianve Fontelte, p · texte numérisé non relu

Corrcipomianve Fontelte, p

*J. On vuil qiiG sur ro point il cuntrcdil KnulcUc.

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votre vilain métier et nous faisons le nôtre, qui est de chercher à vous tromper pour servir les honnêtes gens que vous persécutez.

« Ces morceaux d*ardoise se mettaient au fond de petits pots de beurre qu'on permettait d'envoyer aux prisonniers. M. de Fontette ne se contenta pas de les sonder, il les dépota et découvrit qu'en dessous de Tardoise on plaçait un billet bien minuté, et que pour être sûr qu'il était parvenu, on demandait de faire telle marque au billet de santé qu*on permettait à nos parents de nous écrire. Non seulement M. de Fontette s'empara de toute la correspondance, mais il eut grand soin de faire aux billets des prisonniers la marque de confiance, ce qui était une vraie trahison. Elle ne lui servit qu'à savoir que nous étions très instruits des menées de nos ennemis et que nous en déjouions beaucoup K »

Les parents des prisonniers étaient absolument dans leur rôle en cherchant à communiquer avec eux. Si Fontette s'offusque du titre de « geôlier, » il était au moins un gardien ; or le rôle d'un gardien est de « garder. » La peine infligée à La Chalotais pour ce fait fut excessive : priver un vieillard de soixante-six ans, atteint d*une grave maladie interne, de toute nouvelle de sa famille pendant deux mois, et réciproquement, était une véritable cruauté. Cette fois encore, malgré les supplications réitérées du chevalier, inquiet pour la santé de son père, Fontette demeura inflexible *.

* 1. liémoirei manuicriU de li. de la Fruglaye.

S. Cei billeti secret» esiitenl encore, lit tonl aux Arebl?M du minittère de la justice. Ili loni pliét en earrét mittvaevlaa; la marque convenue éiail une peiile croU placée à gauebe de la daU.

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L'été do 17(>G fut dur pour les prisonniers, qui ne savaient ce que penser de leur sort. La Chalotais occupait à des distractions intellectuelles ses loisirs forcés. 11 traduisit du grec le premier livre de V Iliade d'Homère et de l'anglais plusieurs lettres de Swift a Pope et de Pope à Swift, ainsi que quatre épitres morales, dont une sur l'immortalité de l'Ame. Ces traductions sont écrites sur les feuilles de garde et dans les marges d'un manuscrit du xviii^ siècle, ii^titulé : Apologie des voies de Dieu et des droits' de la raison humaine^ resté inédit. Ces annotations, qui couvrent six pages au commencement et treize h la fin du volume, sont tracées un peu dans tous les sens, avec une encre très pAle, sans doute additionnée d'eau, et de cette écriture ténue, on « pattes de mouches, » si caractéi^istiquo qu'il est impossible de no pas la reconnaître quand on Ta vue une fois. On trouve aussi parmi ces notes : u Devises que je veux mettre a mon cadran do Vern, une épitaphe en vers latins i>our placer sur sa tomhe et sur celle de sa femme, qui atteste sa croyance à la résurrection des morts; enfin des réilexions morales au cours desquelles il se déclare catholique, et quelques considérations sur sa captivité ^ »

(>• billctt ronlieiuiciil «lot détuilt de tuiilc cl quolquet indication» «OUI iiil^r^l iiur lu iiiurche de l'oiTuire.

I. Uulleliii de la .Société de« Uililiophileg Bretong, 1881, p. 3V. Le iiionuacril primitif n'est pu» de Lu Cbolutait, ni écrit de ■• niuin.

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Ces sujets indiqueai une grande élévation d*esprit et une réelle sérénité d*àme, que les rigueurs du présent et les anxiétés de Tayenir n'avaient pas entamées. Mais la principale préoccupation du procureur général, c'était naturellement sa défense. Connaissant sa plume facile et la vigueur do sa dialectique, il brûlait de présenter au public sa justification. Il avait réussi à faire passer à ses parents ses deux premiers Mémoires — sans doute par un soldat invalide, nommé La Rose, qui se prétait à transmettre la correspondance des détenus.

Il est un point spécial que nous avons quelque peine à comprendre, mais qui avait pour La Cnalotais une grande importance, c'est que le roi lui-même se faisait en quelque sorte son accusateur; c'est la loi renversée, dit-il, car le ministère puljic doit pouQsuivre au nom du roi et non le roi sous le nom du ministère public. Il revient souvent sur cette anomalie judiciaire, qui lui parait inadmissible.

Il se décide à faire appel au souverain; dans une lettre un peu emphatique, il lui demande des juges et dénonce hardiment Saint-Florentin ' et d'Aiguillon, qui ne le poursuivent avec tant d'acharnement que pour satisfaire leur haine particulière'.

Il s'adresse aux ministres, à Laverdy d'abord,

1. Lettre écrite au roi par M. de \m GbeloUii, «Tril 1706, à la tuite da Seeomd Mémoire, p. 109-111. — Gbarelto de la Collaièra adretta également une leUre au roi; lai aatti demanda e la liberté néeetiaire et dei jagei ponr m jatUfier d'une accveatlon qui blesse injustement ton bonneur. • Lettre de M. Cbarelta de la Golinière, prisonnier an cbàtean da Saiat-Malo, an rai, 19 jaia 1766. Imp. in-lS da 4 p.

Il 19

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qu'il connait de longue date. Sa lettre est véhémente, amère, mais digne et honorable. On ne peut pas dire que Tauteur manque de sang-froid, qu'il force la voix, qu'il abuse du style déclamatoire qui fit fortune au xviii* siècle > :

c Monsieur, m'est-il encore permis de vous importuner? Mais permettez à des innocents opprimés et maltraités de recourir à votre protection.

a Yeut-on nous faire périr dans les cachots?

Yeut-on nous faire perdre la raison après nous avoir ôté la liberté? Yoilà bientôt le huitième mois que nous sommes dans la plus dure et la plus injuste captivité ; cela est bien cruel et bien inhumain. Est-il possible que le roi le sache et qu'il n'y remédie pas? On n'a jamais pu trouver contre mon fils ni moi le moindre fait qui soit contraire au service du roi ou qui en approchât; j'en ai défié et j'en défie encore le sieur do Galonné, qui est venu non pour vérifier s'il y avait dos crimes, mais pour en trouver dans nos personnes, ou pour en supposer n'y en trouvant point.

(c Mais enfin. Monsieur, supposons que nous soyons innocents, et c'est une supposition pour le moins très vraisemblable, pourquoi le roi, qui est bon^ ne nous accorderait-il pas pour prison ou nos campagnes ou la ville de Rennes ou de Saint-Mulo, avec ordre de nous représenter toutes fois et quantes? Sommes-nous cause des délais qu'on apporte au jugement que nous désirons et que nous demandons? A-t-on peur que nous ne prenions la fuite, que nous abandonnions nos

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