CHAPITRE XIV LES HÉSITATIONS DU PARLEMENT
I. Lenteurs du Parlement. — Requête des accusée au roi contre les lettres patentes de disjonction. — Arguments irréfutables.
— L'orrét du 22 ooût 1706. — Le Parlement décide de nommer de nouveaux experts.
II. Colère du pArti aiguillonniste. — Lettres de La Noue. — • L'impression du duc d'Aiguillon.
III. Le projet d'évocation au Conseil du roi. — Les ennemis do La Chalotais l'approuvent — Le duc d'Aiguillon le combat
— Son séjour à Rennes. — Ses discussions avec Flesselles et La Noue.
IV. Les amis de La Chalotais demandent le dessaisissement du Parlement. — Seconde Requête au roi. — Le Conseil ordonne l'envoi des procédures h Paris.
Les experts aflirmaient donc que La Chalotais était Tauteur des billets anonymes. C'était maintenant au Parlement d'agir et de faire un pas décisif : il fallait décréter de prise de corps le procureur général, premier acte qui « faisait Taccusé » et engageait le procès criminel. Mais visiblement il hésitait à entrer dans cette voie; cette perspective semblait reffrayer.
Dautreppe et Paillasson avaient déposé leur rapport le 13 août. La Cour s'assembla ce jourlà, mais renvoya Taffaire au 19 août'. Six jours
1. Le Parlement avait enregistré le S août l'édit do juUlal 17fi6
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de perdus. A Tintendance, on est furieux : ces lenteurs exaspèrent la coterie aiguillonniste. A la fin, La Noue n*y tient plus : « Je vis hier le premier président, dit-il, à qui je proposai de nous couper la gorge. DWmilly répond en souriant que vingt conseillers ne se mènent pas comme vingt dragons, qu'on ne traite pas un Parlement comme une Commission, qu'au surplus on doit regarder à trois fois pour décréter un magistrat de soixante-quatre ans, en place depuis trentesix ans, qui n'avait contre lui que des vérifications considérées comme très incertaines par la jurisprudence. »
La Noue objecte « que l'aiTaire ne sera pas finie pour les Etats (qui devaient se réunir & la fin de rannéc), qu'eux tous qui avaient marqué de Tnmitié à M. d'Aiguillon le laissaient errant dans la province. » — D'Amilly répliqua... «r que ces considérations ne pouvaient militer contre le cours do la justice*. » Aussi La Noue n'est point rassuré, il a beau vouloir « mettre les guêpes aux jambes du rapporteur, » il ne voit pas encore luire le jour du châtiment contre « La Ghalotais et sa séquelle. »
Par contre, le prisonnier fut indigné qu'on refusât do lui communiquer le rapport des experts; le malheureux Villcbouqnais étant allé lui demander s'il avait des motifs de récusation contre les doux Cliamballan, père et fils, qui venaient do rentrer au Parlement, fut apostrophé cruellement : J'ignore si je suis parent des Chambal-
qiii le rëorf^nnisnit sur les bnscs déj& connues : 50 conseillera, 3 rhiinibrcs, (fnges fixés au denier 25 do la finance des offices. 1. Corrcipomlance FonUtte, p. 1U5, lUG, lOtf.
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Inn, s'écrie La Chalotais, c'est a vous de le savoir ; puis s'emporiani : « Vous étos un coquin, une Ame vendue à Saint-Florentin. Vous n'avez jamais eu que le masque de la religion; vous et tous les juges êtes des monstres, sectateurs de l'intendant, qui vous fait bonne chère et vous promet des grAces. Votre Ame dure et fausse ne s'est seulement pas émue à la lecture de mon testament, cette pièce où, la mort sur les lèvres, j'ai dit le vrai intérieur. Faites-moi donc venir le premier président, qu'il me fasse connaître le rapport des experts*. »
La Noue se demande comment La Yillebouquais a pu souffrir, avec une patience qui tient de la sottise et sans dresser procès- verbal, toutes les horreurs que l'accusé a vomies contre lui, le Parlement, M. de Saint-Florentin et M. d'Aiguillon ^. A supposer que La Noue n'ait pas exagéré, — ce dont il était bien capable, — • ces colères n'auraient que trop d'excuses chez le prisonnier, auquel on refusait tout adoucissement, toute liberté d'écrire, même aux ministres, toute communication avec le dehors, toute consolation, même celle d'embrasser le fils de sa fille'.
A mesure qu'on approchait de la date fatale du 19 août, les hésitations du Parlement semblaient augmenter. Elles portaient à la fois sur le fait et sur le droit.
En fait, le rapport des experts n'avait point convaincu les magistrats. Plusieurs d'entre eux ne trouvaient pas de ressemblance dans les écri-