‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 2)Chapitre 162 sur 190 · Correipondance Fonteite, p · texte numérisé non relu

Correipondance Fonteite, p

LA FIN DU PROCks 427

manuscrit qui a été enlevé depuis quelques jours dans la prison de M. de la Chalotais et remis par M. de Barrin à M. de Flesselles à Tadresse de M. de Saint-Florentin. Nous croyons avoir des titres pour réclamer ce manuscrit informe, afiti d'être en état de le présenter au roi, mais dahs une forme décente et respectueuse...^ »

t^ar qui le Mémoire fut-il livré à la publicité ? C'est encore aujourd'hui un mystère. Il est certain, d'après la lettre précédente, qu'il ne le fui pas par les parents du prisonnier; peut-être le fut-il à Paris par un adversaire, dans le dessein de compromettre l'accusé. Ce qui est sûr, c'Ut qu'il fut imprimé et se répandit dès le mois dé janvier 1767 ^

Le Troisième Mémoire débute ainsi : « Il y a aujourd'hui un an révolu que nous sommes dans les fers, et ce temps n'a pas sufii à des accusateurs tout-puissanis pour nous trouver des crimes. Ils n'ont manqué cependant ni d'argent, ni d'émissaires, ni de petites intrigues, ni de grands fripons, ni de faussaires, ni de faux témoins, ni de lettres patentes'... » Ce début éloquent donne la

1. Arcb. Not., K. 713, 6 novembre 1766. La leUre est tifaie : Coëtmen de Carndeac, de Coradeac de la Frnglaye, la eWV** de lo Chalotais.

S. Saini-Floreniin lui-même if^norail par qai il avait été livré à la publicité. (Correêp. Fomietle, p. SdS.)

3. Troiêième Mémoire de M. de la Chalotais, proevreiir général ou Parlement de Bretagne. Imp. In-lS de 71 p. — W est probable que peu de modifications furent apportées au tenta du manuscrit primitif. Bien que ces premières lignes indiquent la date du 10 novembre 1766, le Mémoire a été certainement écrit avant le 5 octobre, puisqu'il a été saisi ce jour-là par Barrin, mais le prisonnier ne pensait pas sans doute que ton écrit fàt connu avant le 10 novembre. Ce qui le prouve encore, c'est qu'il contient un codicille doté du 11 novembre 1766.

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note de ce nouvel écrit. Jamais La Chalotais n'a poussé plus loin la vigueur de là polémique et la virulence de Tinvective. Il attaque et déchiro Saint- Florentin, d'Aiguillon et Klesselles. N'étaitce pas ui) spectacle extraordinaire que celui de cet accusé qui, du fond de sa prison, tenait en échec ces personnages puissants? Tous étaient anxieux de savoir s'il les prenait à partie, et son gardien avoue ingénucment « que le grand point lui parait être qu'il ne sorte rien de la plume de M. de la Chalotais... car alors il faudrait s'attendre à en voir de belles. »

En eiïet, la puissance de la pensée, la netteté de l'expression, l'éclat du style, la richesse des citations devaient assurer à ce pamphlet un succes sans précédent. Barrin avait bien raison de dire qu'il était de nature à impressionner ropinion publique. Et certes, pour que ce vieillard ait pu, seul, sans livres, sans documents, sans conseils, composer une telle œuvre, il fallait qu'il possédât une intelligence remarquable, une plume singulièrement alerte, une culture peu commune servie par une admirable mémoire.

Il est assez difficile d'analyser cet écrit, car les idées se suivent et se pressent, sans ordre méthodique. Après une tirade contre « le militaire )> qui consent à exercer ce métier de « geôlier vigilant » et de « guichetier inhumain, » qui n'est guère celui d'un soldat, l'auteur discute une fois de plus les principaux chefs d'accusation : l'entrevue du lioschet et les billets anonymes. Nous n'y reviendrons pas. Citons seulement quelques lignes : » C'est aller bien loin que d'en faire un crime de lèse-majesté... Que tous les

citoyens tremblent pour leur liberté et pour leur sûreté quand des ministres recevront des lettres anonymes, comme tout homme en place est sujet à en recevoir souvent. Il a plu à M. de Saint- Florentin de me choisir pour Tobjet de ses soupçons, 'parce qu'il voulait me rendre la victime de ses vengeances. Il ne tenait qu*à lui de faire le même honneur ou la même injure à cent autres... C'est de la délation pure... Quand il reçut la lettre et les billets anonymes, il les envoya, ^suivant Tusage des ministres qui évitent les juges ordinaires, à Tintendant, qui chargea Audouard de faire des recherches. Celui-ci me fit, par reconnaissance, Tamitié de m'attribuer les billets... Depuis longtemps il cherchait a me nuire, parce qu'il savait que je ne Tcstimais pas et que je le lui avais témoigné... M. de Flesselles voit ce qu'il en coûte a sa probité pour s'être rendu l'écho d'un malhonnête homme et combien un faux pas peut entraîner de crimes pour soutenir un faux point d'honneur...

<c Voilà donc un intendant, ignorant et dépourvu de sens et de jugement, qui vend à la faveur et au crédit l'honneur et la liberté des citoyens qu'il doit respecter... M. do Saint-Florentin fut enchanté de saisir cette bonne fortune qu'il cherchait depuis longtemps... Je le répète encore, je ne l'accuse pas nommément d'avoir fait faire les billets anonymes, mais je l'accuse do me les avoir faussement, méchamment et persévérammcnt attribués, d'être le fauteur du faux ot le receleur du faussaire*.

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