Troitième Mémoire, p
430 LE DUC d'aiguillon et la ghalotais
<( Je dis que le premier qui m'a attribué ces billets (remarquez bien que je dis le premier) était un fou ou un fripon. Il y a des notions communes pour juger les hommes comme pour juger les choses. On ne commence pas à soixante ans à faire des folies et à commettre des crimes, quand on a vécu en homme sensé et qu'on a toujours joui d'une bonne réputation. Je n'ai jamais violé Tordre public ni les lois, grâce à Dieu; je ne suis pas tombé en enfance ni en démence. Personne ne m'a jamais vu ivre un seul jour de ma vie. Il est dur qu'on m'oblige à descendre à des détails aussi bas. Je voudrais que ces billets fussent sous les yeux du roi, de son conseil et do toute la nation, tant ils me paraissent avoir peu de rapport avec mon écriture '. »
Enfin, La Chalotais cite ce passage de son testament, écrit au château de Saint-Malo le 17 février 176G : « Je déclare, comme si j'étais prôt à comparaître devant Dieu, et devant peutêtre y comparaître bientôt, que j'ai été indignement et faussement calomnié, et mon (ils également; que les billets anonymes ne sont point de moi, que je ne les ai jamais écrits, ni vus, ni lus, ni envoyés, ni fait envoyer ou écrire; qu'ainsi Dieu me soit en aide, consentant qu'il me punisse éternellement si je mcns^. »
Voilà, certes, des déclarations convaincantes;
1. Troitième Mémoire, p. 62-64. — C'est là que Le CheloUii exprime le vœu que cet billeU toîent ^evé» per un hobile eriiiite, afin do penneUreau public déjuger. (Voir plut bnut, p. 376, note 2.)
2. Tioiiième Mémoire, p. 66. — Dont un codicille fait • eux Curdelicra, le 11 nuveinbre 1706, » La Cholotait confirme relie déclaration. (Voir plut haut, p. 427, note 3.)
LA FIN DU PROCkS 431
OU bien il ne faut plus ajouter foi à la parole d'un homme. L'auteur démontre ensuite sans peine, à Taide d'arguments juridiques, l'irrégularité et la nullité de la procédure suivie contre lui, l'iU légalité desi lettres patentes de disjonction, Tinîquité du refus d'un défenseur, l'inanité des affirmations des experts, <c qu'il est si facile à un ministre de séduire par des promesses de protection ou des faveurs. »
Il est incontestable que de tels écrits agitaient l'opinion. Ils n'étaient pas ic innombrables, » comme on l'a dit, mais ils étaient nombreux. Il serait pourtant inexact et injuste de mettre au rang des pamphlets les requêtes des accusés ou les consultations des avocats. Tous ces docu* ments, aussitôt livrés à la publicité, finissaient par produire dans les esprits une surexcitation dont s'inquiétait le gouvernement. Le Mémoire de Galonné, seul ouvrage en sens contraire, avait été mal accueilli et n'avait fait aucune impression ^
Saint-Florentin était outré des violentes attaques dirigées contre lui dans le Troisième Mémoire; tous les ministres sentaient, du reste, la nécessité de sortir à tout prix de cette déplorable aventure. L'état de l'opinion, la rentrée prochaine des Parlements, l'imminente réunion des
1. M. de Galonné venait d'être nommé intendant à Mett, eeqal fut coniidéré comme une dii^râce et une sorte d'eiil. {Corr, Foml., p. 260, S64.) Etait-ce an coanneneement de rerirement?
Etats on faisaient également une nécessité. Mais ils n'étaient pas d'accord sur les moyens à employer. Ils décidèrent do mander le duc d'Aiguillon. Celui-ci quitta fort & reerot le repos et les fêtes de Vorctz pour se rendre à Paris le 23 octobre 1766. Il fut bien accueilli par le roi, mais il eut .avec les ministres des discussions fort vives. Ceux-ci étaient disposés à évoquer le procès et à brusquer les choses; le duc restait toujours d'avis de laisser TalTaire au Parlement; il ne put faire prévaloir son opinion.
Ses amis s'étonnaient, du reste, qu'il peçsislAt dans cotte manière de voir. « Je crains toujours beaucoup que notre général ne se trompe dans le choix du parti auquel il s'arrêtera, dit Barrin. Je ne sais pas s*il en connaît tous les risques comme ceux qui sont suv le lieu. Ce qu'il y a do sûr, c'est que j'en vois beaucoup et qui ne font qu'augmenter par la lenteur à se décider -qui laisse le temps aux têtes chaudes de s'enflammer et aux ticdes do se refroidir*. » Barrin était convaincu que le Parlement no consentirait jamais à juger; il l'écrivait au duc d'Aiguillon lui-même : (( Je ne vois que des risques de tous cdtés, je ne suis pas embarrassé do ce qu'on penserait de M. de lu Chalotais après la déposition de sept experts et toutes les petites anecdotes qu'il y a sur sou compte ici, si tous les gens de lionne foi du royaume passaient huit jours à Rennes à so faire instruire, mais parmi ceux qui se mêlent d'instruire les autres, à Paris et ailleurs, le malheur est qu'il y en a fort peu de bonne foi. Aussi