Mémoires mnnotcriU de le Fmglaje
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Cependant le Conseil poursuivait rinstruction avec activité. Le Noir interrogeait les accusés, d'Agay, maître des requêtes désigné à cet effet, procédait aux récolements et confrontations. Les six magistrats, puis MM. de Begasson^du Bourblanc, Perigaud et Rolland furent successivement interrogés. L'enquête porta sur tous les points que nous connaissons. M. de Bcgasson, par exemple, reçut notification, le 10 décembre 1766, du décret d'assigné prononcé contre lui par la (Commission de Saint-Malo, le 15 février précédent. II fut interrogé à la Bastille le 12 décembre par Le Noir. Les questions roulèrent sur les abus des corvées et sur la lettre qu'il avait adressée à ce sujet à La Chalotais le 7 novembre 1764. Begasson était accusé d'avoir été « l'un des moteurs des dilficultés faites au duc d'Aiguillon en cette matière. » II se défendit d'avoir excité l'opposition de la noblesse çt surtout d*avoir ag^ sous rinfluence de La Chalotais, dont on voulait faire le chef occulte de l'opposition*.
On demanda à Boudesseul s'il n'avait pas dicté ou fait écrire par un nommé Bouquerel des billets abominables adressés à M. de Saint-Florentin. — II répondit qu'il n'avait jamais vu ni connu Bouquerel et qu'il ignorait même son nom jusqu'au moment où il fut arrêté. II ajouta courageusement que M. de la Chalotais avait toujours détesté les intrigues et les cabales, qu'il n'aimait que la paix de son cabinet'.
\. Au Roi (Mémoire de M. de Begaiion). Imp. in-4* de 18 pages, p. 6-16. — Voir Procèi instruit, I. 286; II, 70. 2. Archives de lu Boitille. Bibliothèque de l'Arsenal.
LA FIN DU PROCfcS 449
Tous ces interrogatoires étaient immédiatement rapportés au Conseil'. Les billets anonymes étant le principal chef d*accusation, il crut devoir prescrire une nouvelle vérification par d'autres experts. Le chancelier fut chargé de se faire indiquer par le syndic « les doux plus savants écrivains de Paris. » Ceux-ci, nommés Poiré et Dauger, examinèrent les billets et conclurent, comme leurs confrères, que Tauteur des pièces de comparaison était celui des billets anonymes. Ils se fondent toujours sur les mêmes raisonnements, notamment sur la ressemblance des m et des i. « Ils ont savamment remarqué
3ue la lettre i est composée de trois parties : *une tôte, d'une queue et d'un milieu ; Tune de ceè trois parties leur a paru semblable aux i des deux billets, et quoique dans les deux autres parties les i fussent dissemblables, ils se sont décidés pour l'identité d'écriture. Ce n'est pas encore tout : on n'imaginerait pas qu'un point pût devenir une ro*gle d'identité. Ils' ont vu que le point de la lettre i ressemblait aux points qui sont sur les i des deux billets, comme si des points pouvaient ne pas ressembler à d'autres points!... » Et La Chalotais, traitant ces raisonnements d'inepties, s'écrie : « A quoi l'honneur
t. Le Procèê imsirmii extraordinairemenl n'a pas publié les ^\ktf de rinitnicUoii faite & la Bastille. Il est probable qve l'éditeur de ce Recueil ne put en obtenir commnnieation, ear U dit que Le Noir « a montré la plus ^ande vigilance pour empêcher que la curiosité du public ne soit satisfaite à cet égard, s 11 ajoute que le public n'y perd rien, « car ces dernières informations ne furent qu'une répétition très sommaire de celles qui sTaient été faites à Saint-Malo et à Rennes, s (Proeèê imsiruii, III. 383, note 56.)
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et la vie des citoyens ne seraient-ils pas exposés, s'ils dépendaient de clécisions aussi grossièrement déraisonnables?* » Le Conseil ordonna la confrontation dos experts avec Taccusé.
M. de la Ghalotais et ses co-accusés demandèrent des défenseurs. L'autorisation leur fut immédiatement accordée. M. Lalourcé fut désigné pour MM. de la Ghalotais et de Caradeuc.
M. Le Paige pour MM. de la Gàcherie et de la Golinière, M. de la Monnoye pour MM. de Montreuil et de Kersalaûn.
De plus, les six magistrats signèrent le 12 décembre une requête rédigée et appuyée par huit des principaux avocats de Paris 2. lis y demandaient la révocation de l'arrêt du 22 novembre, par cette raison que le Gonseil du roi n'était pas compétent pour les juger. Le Gonseil, en effet, n'est pas un tribunal, il n,'a point de juridiction, à plus forte raison de juridiction criminelle, aussi n'a-t-il point de ministère public; il a fallu en créer un. 11 n'a pas plus de pouvoir, il en a moins môme qu'une Gommission extraordinaire. Enfin, comment les conseillers d'Etat, qui n'ont pas l'expérience judiciaire, pourraient-ils tirer au clair une procédure étrangement compliquée, d'une longueur exceptionnelle, et où cependant tout est de rigueur? Si des nullités sont commises, quel sera le recours des accusés?
En conséquence, ceux-ci réclament le renvoi de raiïairc devant le Parlement de Bordeaux, ou pIuUH devant, le Parlement de Paris, « qui n*a