‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 2)Chapitre 173 sur 190 · Expoté justificatif, p · texte numérisé non relu

Expoté justificatif, p

2. iitt Hoy, requête du 12 décembre 1760. Imp. iii-4* de 30 p. 1766. Autre édit. de 26 p. 1767.

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jamais été vraiment dessaisi et qui est aujourd'hui ressaisi de droit, par cela seul que le procès n^cst plus au Parlement de Bretagne*. »

Le Parlement de Paris était tout disposé à entendre cet appel. La récente décision du pouvoir avait provoqué chez les membres de cette Cour un véritable soulèvement. Ils ne pouvaient admettre que le procès fait à leurs confrères et contre lequel ils avaient déjà tant de fois protesté fût tranché par le Conseil du roi. Aux yeux des magistrats, cette nouvelle évolution violait à la fois les lois, Tordre public et Téquité.

Pendant que le Conseil poursuivait Tinstruction, le Parlement préparait des remontrances. Le 8 décembre, trois présidents vont a Versailles les présenter à Louis XY. Elles sont extrêmement vives : « Le Conseil n^est qu'une commission déguisée, réprouvée par les lois, inconciliable avec la sûreté des sujets; et ses membres dos juges extraordinaires, inconnus à Tordre judiciaire; ce sont des administrateurs et non des juges; ils n'oiïrent aucune des garanties exigées de ceux-ci; leur remettre cette affaire, c'est transgresser les bornes immuables que les lois ont posées entre Tadministration et la justice. Le Parlement de Paris n'a été dessaisi de cette affaire que dans la crainte d'un conflit avec le

\. Au Roy, requête du 12 décembre 1766, p. 18. — GeUe requête ne fut pai présentée au Conseil. Elle ■• tv\ remise à M. de Soi ni- Florentin que le 9 mal 1767.

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Parlement de Bretagne; celui-ci n'étant pas en état de juger, elle rentre de plein droit dans la compétence de la Cour de Paris.

(c Los variations extraordinaires qu'a subies cette aiTairo viennent do ce qu'on a ouvertement violé toutes les règles. Il est nécessaire de revenir & leur application ^ »

Huit jours après, le dimanche 14 décembre, le roi répondit qu'il ne laisserait jamais porter atteinte aux droits des tribunaux qui jugent les alTaires criminelles. « Mais il se rencontre quelquefois dans ces sortes d'affaires des circonstances singulières qui forcent le souverain, et qui, par la manière dont elles tiennent à son administration, Tobligent de s'écarter à regret des règles ordinaires. L'affaire dont il s'agit en réunit un si grand nombre et de telle nature que je n'ai pu me dispenser do m'en réserver la connaissance en mon Conseil. »

Ces paroles, qui n'étaient autre chose qii*un appel à la raison d'Etat, dernière ressource des pouvoirs sans contrôle, n'étaient pas de nature à satisfaire le Parlement, mais plutôt à l'inciter davantage à réclamer la connaissance de ce procès exceptionnel. Il y répondit en convoquant les princes et les pairs à une audience solennelle pour le surlendepiain 17 décembre.^

Le ministère ne vit d'autre moyen de parer à cette démarche hardie qui frisait la rébellion, que d'appeler le Parlement tout entier à Versailles pour ce jour-là. Louis XV adressa aux

1 . Recueil deë délibérationê, arrêtée, rtmomtrmncti tê repréi^m' taiionê du Parlement de Paris, p. 32H-244.

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magistrats cette dure admonestation : « Ma réponse à vos dernières remontrances aurait dû calnicr vos inquiétudes. Cependant, au lieu de respebter mes volontés, vous avez demandé a mon procureur général des conclusions sur un arrêté émané de ma personne. Vous voulez intéresser les princes et (es pairs dans une délibération qui ne concerne point les droits de la pairie. Je vous défends de donner aucune suite à votre arrêté, et à mon procureur général de prendre aucunes conclusions en conséquence. » Mais cette semonce n*arrêta point le Parlement; il était décidé à aller jusqu'au bout et à ne pas permettre que le procès fût tranché par une juridiction administrative. Il le déclara dans do nouvelles remontrances plus énergiques et plus menaçantes que jamais : « C^est en vain que les gens de votre Conseil conduisent cette . affaire avec une précipitation sans exemple, secondés par des ordres particuliers et par d'autres moyens inouïs dans une instruction criminelle, comme s'ils se flattaient que l'affaire sera finie quand ils auront rempli leur mission. Au contraire, l'acte irrégulier qui terminerait leur procédure ne ferait qu*augmenter les embarras de l'affaire, et de nouvelles difficultés en renaîtraient inévitablement... Si cette procédure se terminait par une condamnation, les voies de droit resteraient toujours ouvertes aux accusés ; si elle aboutissait à un acquittement, cette absolution, émanée de juges incompétents, ne saurait suffire aux intéressés, et elle ne serait pas, dans tous les cas, acceptée par les dépositaires des lois. Ainsi cette affaire, même après avoir été jugée

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par votre Conseil, restera un objet toujours subsistant des plus persévérantes et des plus fortes réclamations ^ »

Il est certain qse de telFes menaces devaient faire grande impression sur le caractère faible de Louis XV. La perspective d'une nouvelle Fronde parlementaire l'inquiétait particulièrement à un moment où il voulait à tout prix ramener le calme dans les esprits. Ce fut là sans doute le principal motif de la décision inopinée qui vint surprendre tous les partis. Bien qu'il soit encore aujourd'hui assez difficile de .démêler les mobiles secrets qui la précipitèrent, il est permis de croire que le contrôleur général Laverdy en fut le principal inspirateur. Il était magistrat, il n'avait pas contre La Chalotais les mêmes rancunes que Saint-Florentin, et surtout il avait un emprunt à faire accepter par le Parlement et des demandes de fonds à faire voter par les Etats qui allaient s'ouvrir à Rennes. C'était la grosse question. Ces raisons, jointes à la lassitude du roi, au besoin général de terminer cette interminable affaire, au défaut de preuves positives, autres que des rapports d'experts, décidèrent à une mesure d'apaisement.

Et quand les trois présidents de Maupeou*, d'Aligre et d'Ormesson arrivèrent à Versailles, le dimanche 21 décembre, pour présenter au souve-

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