‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 2)Chapitre 179 sur 190 · M. Marioo, La Bretagne et le duc d'Aiguillom, p. ktl · texte numérisé non relu

M. Marioo, La Bretagne et le duc d'Aiguillom, p. ktl

d*AiguiIlon. Car si Tarréi da 22 décembre 1766 laissait la porte ouverte aux justes revendications de Tavenir, il était en môme temps la condamnation du passé.

Le roi déclarait qu*il n*y avait pas de délit, dès lors le procès était inique et la détention révoltante. On prétend aujourd'hui que cette prison fut douce, que la légende en a grossi les horreurs. Mais ces « casemates, » je les ai vues; ces « cellules, » je les ai visitées; et je puis assurer que Ton devait y être fort mal. En réalité, la prison du Taureau fut horrible, celle de Saint-Malo fut dure, celle de Rennes fut pénible, celle de la Bastille fut supportable. Voilà la vérité.

Quant au procès, il ne peut être considéré par tous ceux qui ont le respect du droit que comme une monstruosité juridique ; cinq ou six juridictions successives chargées de poursuivre les accusés et finalement impuissantes à leur trouver des crimes : ces évolutions étonnantes resteront comme l'exemple scandaleux de la plus audacieuse violation des lois qu'ait jamais commise un pouvoir arbitraire.

Nous croyons avoir démontré Tinanité des accusations portées contre les magistrats. Nous l'avons fait à l'aide de citations empruntées aux deux partis, et peut-être trop nombreuses, mais qui nous ont semblé s'imposer à notre impartialité. Nous espérons que le lecteur sans parti-pris conclura comme nous que ces prétendus crimes n'ont jamais existé. 11 est vrai que de nos jours on a ressuscité le (c crime d'Etat; » on fait de La Chalotais a un conspirateur » et des mogis-

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trots bretons les fauteurs d'un complot tramé contre le pouvoir. On affirme « que les procureurs généraux ont trahi les devoirs do leur place, trempé dans de condamnables intrigues et travaillé avec obstination à faire éclater des troubles K » Nous pensons, au contraire, que ces accusations n'ont aucun fondement et nous avons tenté de le prouver par des faits.

Les magistrats poursuivis s'étaient montrés favorables à l'opposition, c'est incontestable; La Clialotais put, comme on l'a dit plus justement, « devenir à un certain moment, aux yeux des Bretons, la personnification de l'esprit provincial aux prises avec le pouvoir central^. » Mais l'opposition n'était pas « un crime d'Etat, » et tous ceux qui ne s'inclinaient pas devant les exigences ministérielles avec une soumission muette et une admiration servile n'étaient pas des criminels. Seuls, le duc d'Aiguillon et ses lieutenants, dont la passion contre les libertés bretonnes éclate avec une animosité que les plus violents pamphlets n'ont jamais égalée, ont osé soutenir cette théorie du pur absolutisme.

11 ne faut pas oublier, en effet, le point do départ do ce conflit mémorable; il eut son origine dans la résistance dos Etats a des mesures fiscales considérées par eux comme illégales. Le Parlement prit fait et cause pour l'assemblée de la province, et ce fut le premier acte de cette lutte prolongée entre « le pouvoir absolu et l'esprit provincial. )> Mais l'opposition était fondée

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