‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 2)Chapitre 58 sur 190 · Mémotrtt monutcritf de II. de lo Fruglaye · texte numérisé non relu

Mémotrtt monutcritf de II. de lo Fruglaye

200 LE DUC d'aiguillon et l\ ghalotais

La Commission se réunit pour la première fois le 24 janvier 1766; elle se constitua par l'enregistrement des lettres patentes du 20 janvier 1766, qui lui prescrivaient de juger les magistrats accusés. Elle prit le titre de <c Chambre royale criminelle » et ordonna l'apport à son greffe de toutes les procédures, informations et pièces relatives au procès.

On avait aménagé pour ses séances la ^alle du rez-de-chaussée du Grand Donjon, dani^ l'intérieur même du château; on prit sur le logement de M. Scott deux pièces destinées Tune à la buvette et l'autre à la Chambre de Tournelle où devaient avoir lieu les interrogatoires ; cette dernière fut meublée avec une simplicité imposante; on ferma des portes et on en ouvrit d'autres afin de rendre les communications plus faciles avec les prisonniers *.

Ceux-ci ne tardèrent pas a ôtre informés do Tarrivoe des commissaires ; ils durent éprouver une sorte do soulagement. Tenus au secret depuis plus de deux mois, ils allaient enfin trouver des juges et connaître les accusations portées contre eux.

La Chalotais se décida alors a tenter une démarche peut-être hardie, mais qui prouve en sa faveur. Il fit demander a Calonne une entrevue.

1. La grande talle, fituée au cenire, fui disposée pour Im •éoncet ; on tint Ik lui donner une certaine apparence de •olennîté; elle fut tendue de portières en serge rouge de Caen, ou milieu fui placé un bureau avec un pupitre pour le président, et deisos une éoriloiro du rnïciire qui coAln 15 sous, remplie d'une pinle d'encre qui en coûta liO. l)ix-buil fauteuils de tapisserie furent loués nu sieur Orandcbamp ù roisun de 10 sous l'un par mois. (Arch. d'Il.-cl-Vil.. C. 1009.)

Celui ci, qui avait déjà repoussé pareille requête à Rennes, n'osa pas cette fois s*y dérober.

L^entretien dut ôtre curieux. Les deux interlocuteurs s'étaient déjà rencontrés à Versailles, Tun déjà en disgrâce, Tautre sur la voie de la faveur dont il ne cessa de gravir rapidement les échelons. Tous deux nous ont laissé le récit de cette visite, mais combien différent!

La Chalotais voulait faire appel aux souvenirs de son ancien collègue. « Je trouvai, dit-il, un homme monté sur des échasses, haussé de plusieurs pieds... s'étalant, se pavanant, fort satisfait d'ôtre ce qu'il était et du rôle qu'il jouait i. »

Il débuta par quelques compliments : il avait été heureux d'apprendre qu'il était entre ses mains, parce qu'il connaissait ses sentiments.

Galonné repond qu'en toute autre occasion il serait chnrmé do lui iénioigner sa considération, mais qu'ici il ne s'agissait que de son devoir. 11 l'exhorte d'amitié à lui faire confidence de la conspiration, qui était constante en Bretagne, contre le roi et ses ministres ; ce serait le moyen de rentrer totalement en grâce auprès du prince.

— Ces conspirations sont une pure chimère, réplique La Chalotais.

Calonne parla alors avec une si gronde intelligence, une connaissance si parfaite do toute la prgvince, du mérite et de la probité de chacun, que je ne pus m'empècher de lui témoigner mon étonnement et ma surprise et de lui demander s'il était venu de Douai et de Paris pour m'apprendre qui étaient les honnêtes gens et

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