‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 2)Chapitre 71 sur 190 · Procèi itulruU, III, 3. 0-U · texte numérisé non relu

Procèi itulruU, III, 3. 0-U

236 LE DUC D*AIGUILLON ET hk GHALOTAIS

dire de leurs voisins et de réformer le gouvernement. On imagine sans peine qu*à la fin de 1765 et au commencement de 1766, il y avait beaucoup de ces gens-là dans une ville dont la robe et la plume font vivre presque tous les habitants et où Ton ne pouvait plus ni porter la robe, ni faire usage de la plume ; aussi les boutiques des libraires ne désemplissaient pas'. »

On résolut d'interroger M"* Garnier. On la fit venir à Saint-Malo. Elle ne dit ou ne voulut dire que peu de chose. Elle avait vu seulement des gens rire en se passant de main en main la gravure des Ifs*.

Mais cette déposition insignifiante acquit plus tard une importance considérable lorsque le duc d*Aiguillon fut & son tour traduit devant la justice.

M"** Garnier accusa formellement le commandant et le subdélégué Audouard d'avoir voulu peser sur elle et la suborner. Le jour du service de M. le dauphin (23 janvier 1766), racontat-cUe alors, Audouard prit mon mari à part et lui dit : « 11 faut que vous me rendiez compte de ce qui se passe dans votre boutique, qui est un cloaque d'iniquité... Sinon, il y a une lettre do cachet pour vous, et il la hii' montra.

— Je ne sais rien, répond Garnier, je suis toujours h mon imprimerie, c'est ma femme qui est à la boutique, qui sait tout.

— Je vais Tinterroger.

Celle-ci se rend à Tintcndance.

1. Procétiurei faiteê en lirelagne et tievant la Cour iteê Pairt, avec des obhervationê, por Liiiguot, 1770, in-'i*, p. 36, 46. S. Protêt inêiruit, III, 4-7.

TBMOIGNiLGBS ET CONFRONTATIONS 237

— Voulez-vous éviter la foudre qui est prête à tomber sur vous, lui dit brusquement Audouard, et au contraire mériter la protection de M. le duc d'Aiguillon? II faut que vous me racontiez tout ce qui se dit et se passe chez vous.

— Je ne sais rien, répondit-elle, je n'ai entendu parler que de la misère des temps.

Cette scène se renouvela plusieurs fois, car Audouard ne s'en tint pas à cette première tentative.

Enfin, un soir, celui-ci lui dit :

— M. le duc est très irrité contre vous, il veut que vous parliez des six détenus.

— Je ne les connais pas, je ne connais que M. le procureur général et je n'en ai jamais entendu dire que du bien.

— Ah! quel blasphème! 11 y a contre lui des preuves « par dessus la bonde. »

Alors il remmène & Thôtel de Blossac, elle entre par la petite porte du jardin près de l'église Saint-Sauveur', elle monte un escalier, pénètre dans une grande salle où il y avait un grand feu et un paravent autour; on la laisse seule, puis deux ou trois messieurs paraissent; Tun d'eux, qu'elle croit être le duc d'Aiguillon, lui dit :

— Vous serez donc toujours rebelle à mes ordres; savez-vous que je représente le roi? II faut que vous déposiez des faits dont les six magistrats sont accusés.

— Monsieur, je ne sais rien contre eux et je ne puis pas déposer contre ma conscience.

1 Ctiiê petite porte eiistt eocor*.

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— Alors je serai obligé de vous faire sentir la pesanteur de mon bras.

— Il faudra la mettre & la presse et murer sa boutique, renchérit Audouard.

Elle sortit très effrayée, mais sans avoir rien révélé.

Quelques jours aprfes, le 13 février, le subdélégué vint dire à M"** Garnier qu'il fallait se rendre à Saint-Malo. Malgré ses protestations, à minuit elle reçut une assignation et partit à quatre heures du matin. Là, elle fut tournée et retournée dans tous les sens. Les deux commissaires Le Noir et Jonville la prirent en particulier et la pressèrent de questions; ils ne purent rien obtenir *.

Si ces faits sont exacts, on comprend leur gravité; le duc d'Aiguillon et Audouard auraient tenté par promesses et par menaces de peser sur des témoins.

Les démarches, les sollicitations et les instances d'Audouard ne sont pas contestées, — c'est déjà trop. — Le procureur Bureau aflirme qu'il était de notoriété publique à Uennes qu'il cherchait partout des témoignages contre les magistrats accusés, et Linguet avoue qu'étant chargé de se procurer des renseignements sur un procès important, Audouard s'était naturellement adressé aux libraires de la ville ^. L'avocat du duc d'Aiguillon a consacré de longues pages à démontrer l'invraisemblance et l'impossibilité de la visite à l'hôtel de Blossac. Elles ne sont pas

1. Procédure» faittê en Bretagne^ p. 20-53; — Procè* inêtrmii, III. 4-7. note.

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