Procè» imtruU, III
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paraison, que je reconnais être de mon écriture. S'il y a quelque ressemblance entre les deux, il faut ({u'on les ait contrefaites.
UExpert. — « Je soutiens le contraire. Eu matière d'écriture, on distingue entre le déguisement et rimitation ; les billets m'ont paru déguisés, mais non imités, c'est-à-dire que leur auteur a voulu déguiser son écriture ordinaire, mais non en contrefaire une autre ; je crois avoir prouvé que l'auteur des deux lettres que voici est l'auteur des billets anonymes.
La Chalotais. — <c Je ne sais pas s*il y a eu déguisement, imitation ou contrefaçon ; ce que je sais, c'est que je n'ai jamais écrit un mot des billets anonymes dont on me représente les copies'. »
Là finit l'entrevue. La confrontation du second expert, Jean Guillaume, se passa dans les mêmes termes.
On fit comparaître ensuite en face de l'accusé deux des principaux témoins de l'accusation, le procureur Doré et la femme Certain. Le premier raconta la scène du jardin de l'hôtel de Caradeuc, mais déjà il avait atténué les ternies lors de son récolemcnt, et reconnu que les paroles de M. de la Chalotais, relatives à Saint- Florentin, tenaient plutôt du « badinage » que de la <c raillerie; » le
1. Commenl Colonne pouvait-il écrire & d'Aiguillon : « La confrontotion dea experte o déteapéré La Chalotais et on dit qu'il n'a pu retenir tes larmes en sortant. Cependant il continue ù dénier, mois sa défense est lelle qu'elle ne fait qil'aggraver le soupçon du crime, i» Arch. min. justice. Soinl-Molo, vendredi (1^ février 1766.) — Ou Colonne étoit mol renseig'né, ou il était de mouvoise foi. Voir Pracèi IhèUuU, \\\, 67-72. Confrontation du 12 février 1766.
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procureur général dit simplement qu*il n'avait rien à répondre, qu'il s'en rapportait aux déclarations de son interrogatoire. Il précisa seulement un détail au sujet de l'allusion qu'il avait faite à la petite taille de M. de Saint-Florentin qui, dans sa pensée, n'avait rien de blessant*.
La femme Certain, qui avait rapporté, on se le rappelle, des propos d'antichambre, vient les répéter devant le procureur général. Celui-ci réplique qu'il n'a pas pu dire que M. de Saint- Florentin lui avait rappelé tout ce qui s'était dit au chAteau du Boschct, par la bonne raison qu*il ne lui en avait jamais parlé. Alors cette femme se rétracte et convient qu'elle a voulu seulement parler d'un seigneur de la cour, sans désigner M. de Saint-Florentin 2. Ce n'était pas sérieux.
Le Noir voulut avoir une entrevue suprême avec La Chnlotais ; il l'adjura de dire la vérité ; alors le procureur général, précisant les faits, confirmant ses paroles, exposa sa situation avec une netteté qui défie toute controverse et un accent de véracité qui force la conviction.
« J'ai eu des dilTérends, dit-il, avec un ministre et un commandant, comme particulier ; il n'y a pas de délit à s'en plaindre, même amèrement, pourvu qu*on le fasse en termes convenables ; je demande qu'on distingue la personne du ministre et du commandant de celle du particulier.
1. Procèê inêtruii, III, 49. 72, 7%. Confrontation du U tes, 1786. Voir pluii hniit, p. 28 nt ViS.
3. Procès iittiruii, III, 74, 7G. Voir plus huât, p. Hf . Le Pro" cèg instruit njoul« que le commissaire avait menacé cette femme pour lui fnirc dire que re teignear était bien M. de Saint-Flo* rentin.
244 LE DUC d\iGUILLON et L\ GIIALOTillS
« J^ai eu deux querelles ou plutôt deux sujets de plainte considérables contre M. le duc d'Aiguillon : le premier, au sujet des Jésuites, quand j'ai écrit à M. de Choiseul pour bl&mer son attitude aux Etats ; le second, quand il a usé de tous ses elTorts pour empêcher mon fils d'obtenir la succession de ma charge et moi la concurrence et survivance. Dès lors, il m'accusa d'être l'auteur des critiques présentées par le Parlement contre les chemins, ce qui était faux, et son oncle, M. de Saint-Florentin, me reçut fort mal à Compiëgne. Voilà l'origine et la cause de toutes les calomnies que l'on a inventées contre moi, et notamment du roman fabuleux des entretiens avec M. de Kerguézec au chAteau du Boschet.
« Je crois avoir à me plaindre également de M. le duc do Choiseul qui, après m'avoir traité avnc bonté, m'avoir dit mémo qu'il m'avait quelques obligations, m'a ab:uidonno et sacrifié. De mémo M. le vice-chancelier de Maupeou, avec lequel j'ai été intimement lié pendant trente ans, me délaisse aujourd'hui.
« Mais, tout cela, ce sont des querelles particulières, ce n'est pas un délit public, encore moins un crime de lèse-majesté.
ce C'est par leur conduite publique et par les faits que l'on doit juger si des magistrats ont trahi leurs devoirs. Or je nie avoir cherché à exciter des fermentations dans la province ; — avoir- pris part à aucune assemblée; — avoir formé d'is associations criminelles; — avoir entretenu des correspondances suspectes ; — avoir fait ou inspiré aucun libelle pour dilfamer les non démis; — avoir répandu des écrits opposés
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RU service du roi; — avoir tenu en public ou en particulier des discours séditieux; — enfîn j'ai ofTort ma této si Ton parvient à prouver que j'ai eu la moindre part à la confection ou à Tenvof des billets anonymes.
a Je prétends avoir fait tout ce qui était en mon pouvoir pour le service du roi en Bretagne. Je n'ai pu être accusé que par des espions qui, suivant leur métier, sont devenus de faux témoins ; j'en atteste la province entière '. »
Il est impossible de méconnaître l'impression de sincérité qui se dégage de ces déclarations émues : tout hommo de bonne foi, après les avoir lues, dira : oui, telle est la vérité!
« Le mystère d'iniquité est dévoilé... On a voulu nous fatiguer par des interrogatoires de dix heures par jour; après trois mois passés dans les prisons, je sais à peu près de quels crimes je suis accusé. » C'est ainsi que débute le Second Mémoire que La Chalotais écrivit dans sa cellule au moment des confrontations ^. C'est une œuvre remarquable par la force de l'argumentation et par la vigueur du style ; les allusions mordantes, les traits acérés y relèvent les discussions juridiques et font de cet écrit un pamphlet de premier ordre qui se lit encore avec