‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 2)Chapitre 99 sur 190 · CHAPITRE X • LE BAILLIAGE D'AIGUILLON · texte numérisé non relu

CHAPITRE X • LE BAILLIAGE D'AIGUILLON

I. EflorU du duc d'Aiguillon pour compléter le Parlement. — Miii^^rc réiullot. — Lo « fournée » du 17 février 17C0. — Le procès Jet cinq inngiitiratf est renvoyé nu Porlenrienl.

II. Les remonlronces du Porlementde Poris. — Elles sont répandues & l\ innés. — Le nouveau Parlement les condamne. — Poursuites contre M** do la Frufflaye et M'^ de la Mnncelliftro.

III. Les avocats refusent de plaider devont le « Uailliage d'Aiguillon, s — Mesures de coercition. — Ils finissent par céder.

IV. Le duc d'Aiguillon est-il resté étranger oui poursuites? — («efl'roy de Yillfblanclic est nommé procureur générol et Donin do lu Vill(!liuu<|iniis riipportuiir du proc(*s. — Los billets onunymes sont enlevés nu Parl«tment de Poris et rapportés A Uennes. — Les magistrats essuient de se dérober. — Les réciasnlions. .

l\*iulant (|tio la Cliamhrt^ critniiielle siégoait a Saint-Malo, le duc (rAigiiillon poursuivait ses eflbrts pour réorganiser le l^irlemeiit. H employait à eette tAelie Tactivitt!, riiahilett^, la sagacité dont il était doué. Disposant de moyens puissants, il nliésilait pas à les mettre en œuvre tour à tour, selon les circonstances et selon les personnes. Promesses, tlatteries, menaces, cajoleries, il irt*pargnait ritrn; il excellait dans Part de tirer parti des passions inavouées et des ambitions secrètes; il savait récompenser ses partisans et intimider ses advcrsairc's.

li demande une gratification de mille écus pour le chevalier de Balleroy, afin de le dédommager de ses dépenses <( dans les différentes courses qu'il ne cesse de faire depuis quatre mois pour ramener nos magistrats égarés. » C'est, en effet, une véritable chasse au magistrat que lu duc exécute à travers la province. Il réclame cent pistoles pour Richard de la Bourdelièrc, qui, H en ses qualités réunies d'avocat, de greffier du droit et de commissaire des Etats, le seconde très bien et lui donne journellement des lumières qui lui sont très nécessaires. Mais il faut que cettjB faveur 9pit tenue très secrète, afin de ne pas attirer de nouveaux ennuis au bénéficiaire ; ce qui semble indiquer que les agents du duc ne jouissaient pas d'une grande popularité'.

Il est nécessaire d'accorder des grâces aux magistrats qui sont restés fidèles au roi ou se sont soumis a ses volontés, et je vous prie instamment de vouloir bien m'aider à obtenir celles que j'ai demandées et demanderai, écrit-il *.

L'avocat général Le Prestre reçoit une pension; le président de Langle le portrait du roi; Tabbé de Saint:Luc, frère du conseiller, est nommé à l'obbaye de Langonnet; de Lord, commandant du chAteau du Taureau, implore, en termes un peu naïfs, la toute-puissante protection du grand chef; « elle lui est do plus en plus nécessaire pour le mettre à l'abri des mauvais

1. Arch. Nnt.. H. 535. D'AifcuiMon à Larerdy, Sd férHcir 17M. — L' « omi Bourdelîère • était dans une situation très criUque, parce que ton père, « qui ne pensait pat aussi bien que lui, • l'avoit mit h la porte.

2. Arcb. Nat.. U. 439. D'Ai^illon à LaTerdy, 14 jaav. 1766. Il • 17

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propos que répandent contre lui les partisans des magistrats et ceux qui, le sachant attaché au duc, ne le regardent pas d*un bon œil. Si j'étais assez malheureux pour que vous abandonniez cette province, comme elle en a été plusieurs fois menacée, quel serait mon appui? » Il obtient 300 livres >.

En revanche, la fille du cantinier du château est arrêtée sous prétexte qu'elle a transmis les lettres des prisonniers, et enfermée a Brest, où Audouard lui-même va l'interroger. Pour la même cause, un matelot de Morlaix est emprisonné à Saint-Malo. Un invalide de cette ville et sa femme, soupçonnés d'avoir favorisé les communications des magistrats, sont nq|is au cachot.

Les deux négociants Doucher et Gazon étaient enlevés à leurs affaires et envoyés en exil; M. de Kerguézec était toujours à Vic-le-Comte et, s'il obtint d'être transféré a Aurillac sans que d'Aiguillon s'y oppos&t, il faut dire que celui-ci avait été vivement sollicité en faveur de l'exilé par la Commission intermédiaire *.

Louis XV, renseigné par Saint-Florentin, encourage ces démarches et se porte garant de ces promesses; il écrit lui-même au duc :

<c Mon cousin, je suis très satisfait de tout ce « que vous faites pour mon service. Achevez M de compléter mon Parlement au nombre de « soixante. Je n'ignore pas ce qui se passe eu

1. Arch. Nat., II. 624. De Lord à d'Aiguillon, S février 1706.

2. Arch. du niinitt de la jutt. Dossiers d'Ai^uiUon. — Arch. Nat., 0< 402. Soiot-Florentin à d'Ai|piillon, 26 mors 1766. — Journal deê E¥ènemrmti, p. 78, 91.

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a Bretagne. Ces intrigues ne peuvent que faire « voir la nécessité de maintenir ce que j'ai fait. « J'y mettrai fin. Ainsi, assurez mes bons service teurs que je saurai faire exécuter mes volontés « et les protéger comme ils le méritent ^ »

Malgré tous ces efforts, d*Aiguillon n'obtient qu*un demi-succès. Les conseillers se dérobent, ils ont de la méfiance. Nous avons vu qu'ils étaient une vingtaine a la mi-janvier^. Mais, d'après le duc, ils travaillent comme quarante. « L'administration de la justice est totalement rétablie et les affaires civiles et criminelles s'expédient plus promptement qu'autrefois, les membres du Parlement étant aussi exacts et aussi assidus à présent qu'ils l'étaient peu avant cette révolution. Nous avons conservé ou ramené les meilleurs travailleurs et ceux qui, dans tous les temps, ont montré le plus d'exactitude à remplir leurs devoirs. Les avocats n'ont pas encore repris leuk's fonctions. Les magistrats se présentent pour rentrer; mais il faut attendre, il faut que le roi ne laisse rentrer aucun des brouillons de l'ancien Parlement. Il faudra d'abord liquider et rembourser quatre ou cinq des plus chauds ^. » C'est ce qu'on décide, en effet. Un arrêt du Conseil du 3 février 1766 déclare tous les offices vacants et tombés aux parties casuelles; leur nombre étant réduit à soixante, c'est-à-dire à la moitié, le roi se réserve de rembourser les uns.

1. Arch. Nat, H. 633. Louis XV mn duc d'Aifainon, Marly, U 13 février 1766.

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