Mémoires manuscrits de M. de la Fruglaye
ce dernier entretien, dit-il, c'est que je ne serais pas arrêté comme je m'y attendais; on voulait seulement m'éloigner, et cela servait merveilleusement mon projet de quitter Saint-Malo et d'aller à Paris.
« Je combinai avec nos amis les moyens de correspondre et partis à quatre heures du matin pour Rennes (le mercredi 12 février).
« Dés avant midi, je rencontrai sur la route un courrier de cabinet venant à Saint-Malo. Arrivant vers le soir à Rennes, j'en rencontrai un second qui s'y rendait aussi. L'on sut depuis que le premier portait l'ordre du roi à la Commission de prononcer le jugement à mort de M. de la Chalotais et de M. de la Gâcherie, et que le second portait la révocation de ce cruel ordre et même la dissolution de la Commission qui le devait exécuter.
« Le premier courrier avait été dépêché par M. de Saint-Florentin, le second par M. le duc de Praslin. Ce ministre, se rendant chez le roi pour un travail relatif à son département, le trouvant vivement affecté et profondément chagrin, se permit de lui en demander la cause.
— « Je viens, lui dit le roi, de signer l'ordre de juger les magistrats de Bretagne détenus à Saint-Malo; deux d'entre eux périront, leur sort me touche et j'en suis tourmenté jusqu'au regret.
— (( Rien n'est plus facile à Votre Majesté que de révoquer l'ordre qu'elle a donné.
— « Il est trop tard, reprit le roi, le courrier qui le porte est parti.
— « Jo me charge d'en dépêcher un qui le îoiu-