‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 3)Chapitre 110 sur 187 · XI · texte numérisé non relu

XI

278 LE DUC d'aigutllon et l\ ciï\lotaîs

dra sûrement^ dit M. de Praslin, si Votre Ma-^ jesté l'ordonne.

« Le roi, naturellement humain, y consentit| tt En effet, ce second courrier arrivait h Reiirie^ presque au moment où le [premier venait d'efi partir pour Saiiit-Malo. II y fat retardé soud différents prétextes^ au point que, soupçoiinaal de la malveillance a lui refuser des chevaux, déclara à la poste qu'il avait ordre de rejoindre! le courrier qui le devançait^ qu'il allait appeler des notaires pour faire constater F heure de son arrivée et dresser procès-verbal des délais qiioti lui faisait éprouver à Rennes. On lui donna enlî| des chevaux.

« Ces deux courriers étaient positi%^ement ceu que j'avais rencontrés dans la route. Que n'eus je pas donné pour connaître la dépêche du s^ cond? i)

M. de la Fruglaye ajoute : « Nous ne sûmes qu'alors (après son retour à Rennes) tous les dangers qu'avaient courus nos malheureux parents. Nous apprîmes que M. de Galonné ne niWdonna de me rendre à Rennes le mardi que parce que le jugement à la peine capitale devait se prononcer le vendredi suivant, que l'échafaud était déjà construit à la citadelle, toutes les pièces numérotées pour être transportées et montées dans la cour du château au moment de Texéeution, Ces faits devinrent notoires à Saint- Malo au départ des commissaires et personne n'en a douté K »

Le Journal des Eifènements mentionne, iu

i. Mémoire» manuacrita de M. de la Fruglaye*

aussi, Farrivée des deux courriers, et dit qu'il est public à Saint-Malo que Tingénieur Mazin fit conduire la nuit au château deux ou trois char* retées de poutres et de poutreaux pour construire un échafaud dont quelques personnes ont vu le plan; il ajoute que deux inconnus arrivèrent en même temps dans la ville apportant une caisse d'instruments dont ils prenaient un grand soin, et Ton ne douta pas que ce ne fussent des bourreaux venus pour sacrifier des victimes à la haine du duc d'Aiguillon K

Celui-ci s'élève naturellement contre ces assertions, où il voit une abominable calomnie; il se prévaut d'un démenti catégorique du duc de Choiseul et déclare que la pensée d'une exécution capitale n'est jamais venue à personne *-.

Il faut distinguer dans le récit qu'on vient de lire deux faits : l'envoi des deux courriers et le dessein d'exécution capitale. Le premier est incontestable, car M. de la Fruglaye affirme les avoir rencontrés et l'on ne saurait douter de son témoignage. Pour le second, on doit remarquer qu'il en parle comme d'un bruit qui courut, auquel le pul^lic ajoutait foi et auquel il crut lui-même. JM^s ce projet eût été si odieux que nous inclinpns à penser qu'il n'y a là qu'une légende trop

, 1. Journal des Evénements, p. 81, 87.

2. Voici Textrait, cité par Linguet, de cette lettre dont on n'a pas retrouvé Toriginal : « Je déclarerai et affirmerai, monsieur le duo, en toutes occasions et en tous lieux, à la Cour des Pairs, si vous le jugez à propos, que rien n'est si faux, si criminel et si béte que l'assertion de l'envoi d'un courrier de ma part pour empêcher une exécution quelconque en Bretagne. » (Mémoire pour d'Aiguillon^ p. 329; — Mémoire à consulter et consultation pour jlf. le duc d'Aiguillon, p. 14-16.)

280 LE DUC D AIGUILLO?! ET Lit CIIALOTAIS

facilement accueillie au milieu de la surexcitation qui régnait alors. La Chalotais lui-même n'en parle qu'avec réserve. On objecta, il est vrai, au duc d'Aiguillon que le certificat denfandé et publié par lui n'était pas décisif, car on avait parlé du duc de Praslin et non du duc de Choiseul, son cousin * ; malgré tout, il semble difficile d'admettre qu'on eût osé pousser le désir d'abattre l'opposition jusqu'à commettre cette folie criminelle.

Ce qui le démontre encore, c'est que dès le 2 février, le roi annonçait au Parlement de Paris que le procès allait être rendu à la Cour de Rennes. Et en effet, le 17 février, la Chambre royale de Saint-Malo était subitement dissoute et ses membres rappelés à Paris. On donnait comme raison que le Parlement, comprenant actuellement un nombre suffisant de membres pour continuer l'instruction et juger le procès, avait demandé qu'on lui renvoyât l'affaire "'.

Il y avait un autre motif plus réel et plus exact, c'était le soulèvement des Cours contre la juridiction d'exception si abusivement chargée de trancher ce redoutable débat ^.

1. sixième Dcveloppenient, p. 57. — Réponse au grand Mémoire, p. 83-88.

2. Procès instruit, III, 108-110. — Ces lettres patentes étaient datées du 14 février, elles furent enregistrées le 17 par la Commission qui se sépara aussitôt.

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