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LE BAILLIAGE D^AIGUILLON

le 11 mars 1766. On .va au scrutin : 28 avocats sont d'avis de reprendre les fonctions, et 62 d'ajourner la décision au 8 avril, c'est-à-dire après les vacances de Pâques. C'était un refus déguisé.

La Cour, fort mortifiée, invite officiellement les avocats à revenir plaider. Nouvelle assemblée générale le 14 mars. Elle fut agitée. Les afiîdés que le duc y avait affirment que si Tordre ne se soumet pas, douze membres vont être exilés et enlevés dans la nuit. Puis ils demandent le scrutin public. On le refuse, chacun devant expliquer auparavant ce qu'il veut dire.

On passe au vote. 82 membres étaient présents : 35 sont d'avis d'ajourner la décision au 8 avril, autrement dit de persister dans la résistance; 25 de renvoyer à la même date pour reprendre les fonctions, à condition qu'aucune rigueur ne survienne d'ici là, et 22 seulement de les reprendre immédiatement. Mais ces derniers se rallièrent à la seconde proposition, formant ainsi la majorité. En effet, à la rentrée qui suivit les vacances de Pâques, le mardi 8 avril, les avocats reparurent à la barre et parmi eux les plus marquants : Even, Poullain du Parc, Marc de la Chenardaye, Louyer do Villermay, Le Chapelier de Villejean, Varin , Drouin, Boudoux, Arot, Malherbe, Gerbier, Richard de la Bourdelière, etc. Cependant, le bâtonnier prononça une allocution hardie, où il osa réclamer le retour du Parlement tout entier : « Quand nous rentrons au Palais, nous voyons l'auguste compagnie réduite à quelques magistrats, semblables à ces restes précieux d'uw^ Vcwv\^ ^^

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héros dispersés dans un combat... L^état où vous voyez le Palais réduit, le découragement de ceux que le devoir y rappelle, nous persuadent que nos maux ne finiront que par le rappel du Parlement*. »

Les aiguillonnistes ne pouvaient pas ne pas sentir qu'ils marchaient à Tencontre du sentiment public. Est-ce parce qu'ils le comprenaient que d'Aiguillon et Le Prestre, par une coïncidence curieuse, demandaient tous les deux à quitter la Bretagne? « Les haines de parti dans une province où les gentilshommes se réunissent tous les deux ans, les divisions qui se perpétueront dans les familles, la jalousie qu'excitent contre moi les fonctions que Sa Majesté m'a confiées par intérim, me font désirer de quitter la province-. »

« Si le roi l'exige, dit d'Aiguillon, ce sera assurément le plus grand sacrifice que je puisse lui faire que de demeurer (en Bretagne) dans une pareille circonstance, et je vous avoue que ce ne sera pas sans la plus vive répugnance que je ifte déterminerai à lui donner cette nouvelle preuve de mon dévouement et de ma soumission 3. »

Après tant de démarches, de sollicitations, de pourparlers, le duc dit-il la vérité quand il affirme qu'il est resté entièrement étranger au procès :

1. Journal des Evénements, p. 97-104. -i- Arch. Nat., H. 439. D'Amilly h, Saint-Florentin, 9 et 11 avril 1766. — Correspondance Le Prestre, 9 avril 1766.

2. Arch. Nat., H. 439. Le Prestre à Laverdy, 16 février 1766.

3. Arch. Nat., H. 439. D'Aiguillon à Laverdy, 16 février 1766.

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<c Je n'ai jamais eu de querelle particulière avec les prisonniers ; ils m'ont attaqué parce qu'ils ont redouté mon zèle pour le service du roi et le maintien de son autorité. Je n'ai ni sollicité ni conseillé leur détention. Je n'ai eu d'autre connaissance de l'affaire que celle que les relations que je suis forcé d'avoir avec leurs juges m'ont donnée. Je sais qu'on a osé m'accuser publiquement d'avoir occasionné leur disgrâce, c'est faux; mais il est humiliant de se justifier et cruel de ne pouvoir obtenir justice d'un outrage aussi sanglant ^ »

Son avocat Linguet reprend cette thèse en termes plus pompeux : Il ne s'est mêlé du procès que pour rendre les accusés a leurs juges naturels... Par ailleurs, il n'y a pris aucune part, il défie qu'on apporte aucune preuve à l'appui de l'assertion contraire ; ni les mémoires de AI. de la Chalotais, ni les libelles n'en ont cité; ils se bornent à appuyer leurs dires sur la haine que le duc portait au procureur général, sur sa liaison avec M. de Saint-Florentin et sur l'autorité que lui donnait sa place ; mais on n'apporte aucun fait à l'appui de cette affirmation, que tout combat d'ailleurs et que la conduite de M. le duc d'Aiguillon détruit sans ressource^.

Et pourtant celui-ci écrivait au contrôleur général de Laverdy, le 16 mars 1766 : « Je prendrai avec M. de Montbourcher les mesures nécessaires pour choisir le rapporteur et le procureur général 3. » Et pourtant le Journal des Evène-

1. Apch. NqI., h. 439. D'Aiguillon à Saint-Florentin, 16 février

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