Arch. Nat., H. 439. D'Aiguillon a Laverdy, 16 m.av
LE Dl C D \IGUILLO>' ET LA CHALOTAIS
menis prétend qu'on l'enteodit tin jour, à la veille de partir pour Nantes, dire au même président : « Je veux que cette alîaire se termine promptemeiit- Il y a trop longtemps qu'elle dure, toutes vos lenteurs m'impatientent- — Je ferai, monsieur le due, répondit Monlbourcher, tout mon possible pour vous satisfaire et il ne dé- ^j pendra pas de moi si rafTaire ne finit pas^ » ^H
Nous verrons d'ailleurs d'Aiguillon travaillera^ avee une aetivité fr'^brile à compléter le Parlement, à engager le procès, et, après son départ, ses meilleurs amis, ses lieutenants fidèles, La •Voue, Fontette et Barrin, faire en quelque sorte de la condamnation de La Chalotais une affaire personnelle et la poursuivre avec un zèle haineux et un parti pris cynique.
Le Bailliage d'Aiguillon montrait peu d'empressement. Il s'attardait aux prolégomènes ; il voulait bien sévir contre les écrits, assigner des femmes, mais quand il était question d'entamer le procès criminel, chacun se dérobait. Le Parlement n'avait ni juges, ni accusés, ni pièces, ni instruction, ni ministère public, ni rapporteur; il n'était pas facile de commencer le débat dans ces conditions.
La désignation d'un procureur général et d'un
1, Joui fiai des Eiunemmls^ p, 102. — Oti attribue le Journal^ tîcâ Ei't^ntmenis qui oft£ sriit'i farfe dt elémîsêion dfi o /Cetera du Pariemetit de Brringne h Lepaiy^e, bnillî du Temple à Pnris et secrétaire du prince de Coiili, qui â'êtoit ml» a lu yie de l'oppostlion parlementaire. Yuiri re que M, Flfimifirrmmiit dît de Lepftijçe : « U élmi exlr<?meinenl bien renseiiî-né et il aimait In v6rit(* prir dessus tout; cétnit en yylre un des bommes les plus îoiitruitj» et les plya honnêtes de sou siècle. (J. Flommermo'nlj /<!■ Chancelier Maupcou et Us Parïcmcntt, InUad-, ^-i. H.)
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rapporteur avait été Tune des premières préoccupations du duc d'Aiguillon. Le Prestre ne voulait à aucun prix se charger de cette délicate et périlleuse mission. Il alléguait sa vieille inimitié contre La Chalotais etCaradeuc*. Le duc eut de longues conférences avec d'Amilly et Montbourcher, et leur choix s'arrêta sur deux conseillers de grand'chambre : Geffroy de Villeblanche comme procureur général, et Bonin de la Villebouquais comme rapporteur. « Ce dernier n'a pas un esprit transcendant, mais il a beaucoup de bon -sens, une probité à toute épreuve, la plus scrupuleuse exactitude et une très grande fermeté qu'il pousse parfois jusqu'à la dureté... J'ai lieu de penser, d'après quelques conversations qua j'ai eues avec lui à ce sujet, ajoute le duc, qu'il s'acquittera de cette mission délicate avec autant de zèle que d'exactitude et que vous en serez content^. »
* Villeblanche donnait moins de satisfaction aux promoteurs du procès. « Il est fort honnête homme, rempli des meilleures intentions, dit le duc, mais il est faible, irrésolu et a besoin d'être guidé et soutenu; il serait à désirer qu'on pût trouver un sujet plus capable de remplir les fonctions de procureur général... Il faudra cependant se résigner à les lui confier... M, de Villeblanche, dont vous connaissez la timidité et
1. On sait que le premier avocat général, du Parc Porée, était, depuis le 11 décembre 1765, relégué à sa terre de Chaudebœuf, près de Fougères, parce qu'il était considéré comme favorable à l'opposition.
2. Arch. Nat., H. 439. D'Aiguillon à Laverdy, 26 février, 21 mars 1766.
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rirrésolution, vint me trouver avant-hier pou me Taire part de h\ douleur que lui causait cette dcsignatiou; il prétendit me démontrer, par de très longs raisonnements^ aussi vagues qu'obscurs, qu'il ne pouvait connaître de l'affaire. Je' le convainquis ' . . . n
Villeblanehe finît par céder; il fut chargé des: fonctions de procureur général pour Taffaire par lettres patentes du 18 mars 1766, enregistrées au Parlement le 24 avril suivant* Dans le public, on lui en sut fort mauvais gré; il nwmi demandé, en elfet, à être récusé comme juge, eu se fondant sur son inimitié implacable contre La Ghalotais et Caradeuc, et il acceptait de se faire leur accusateur 1 En somme, Villeblanche, comme La Villebouquais, étaient tous deux des esprits médiocres et des caractères faibles, absolument inférieurs a la lourde tâche qu'on leur imposait* ^i
On dut ensuite s'occuper des pièces, car on^H ne pouvait supposer que le Parlement, commô^^ la Commission de Saint-Malo, consentit à juger sur de simples copies. Les principales, les billets anonymes et la lettre de Bouqnerel, étaient restées aux mains du Pariement de Paris, qui avait d^abord été chargé, on se le rappelle, d'instruire raffaire'-. Or, celui-ci refusait de s'en dessaisir, surtout en faveur d'un tribunal qui lui paraissait suspect de partialité et de parti-pris. 11 fallut un arrêt du Conseil pour lui interdire de poursuivre la procédure et le sommer de rendre
1, Arch, Nat., H, 4Î9, D'AîguiUon à Laverdy, 26 février, 16 etj 19 mura 17*i6.
S. Par lettres pateolea du 18 juillel 17<i5. Voir plus haut, p. 57, i
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les pièces. Le matin du vendredi saint, 28 mars 176&, à six heures, un mousquetaire, un huissier de la chaîne et le directeur des messageries envahirent le domicile du conseiller Goislard de Montsabert qui, comme rapporteur, avait gardé le dossier, et lui signifièrent d'avoir à le leur remettre. Il dut s'exécuter et les pièces furent immédiatement expédiées à Rennes ^ Goislard se plaignit à la Cour de ca procédé un peu vif, et celle-ci en prit texte pour adresser au roi des remontrances bien senties. On n'en tint aucun compte 2.
Le Parlement avait ainsi le ministère public et les pièces, il possédait Tinstruction de la Chambre criminelle, mais il lui manquait l'élément le plus nécessaire, c'est-à-dire des juges. C'était à qui s'exempterait de cette tâche pénible, à qui se ferait récuser. Malgré les lettres réconfortantes de Saint-Florentin, malgré les encouragements de d'Aiguillon, que désolait cette pusillanimité, les conseillers « rentrés » ne se souciaient point de juger leurs confrères. Etait-ce parce qu'ils les croyaient coupables, comme le pense d'Aiguillon? C'était précisément pour le motif contraire : ils ne voulaient pas, en les déclarant innocents, infliger à la cour et au ministère engagé dans cette affaire un démenti qui eût été un honteux échec.
Le nouveau Parlement comprenait alors, sur le papier, une quarantaine de membres, en comp-
1. Le mousquetaire s'appelait d'AllinvilIe, Thuissier Trudon et le directeur des messageries de Bretagne Le Febvre. Arrêt du Conseil du roi du 22 mars 1766. {Procès instruit, II, 116, 121, notes; III, 120-124. — Journal des Evénements, supp., p. 18-20.)
2. Recueil des délibérations du Parlement de Paris, p. 152-192.
tant les vingt premiers rentrés en jnnvier, onze admis eu février, quatre eu mars (MM. Je Bois-« rouvray, de Keroullas, Fabrony de la Prt^, terie et Trouillet de la Bertière) et enfiu deux conseillers honoraires récemment reçus : M'^'' Desnos, évèque de Rennes, et le sénéclml de Coniac K
Mais, sur ce nombre, plusieurs ne venaient jamais au Palais, étant retenus chez eux pai Tâge ou la maladie; et parmi les présents, quatorze demandaient à être récusés pour cause d parenté, dlnimitié ou de procès engagés avec les accusés. La Cour dt^vait avant tout se prononcer sur ces récusations. Le premier président s'était empressé d*alléguer ses anciennes querelles avec La C halo tais pour être dispensé de siéger, ce qui n'étonnait personne ; et il avait été entendu que ce serait M« de Montbourcher qui présiderait les débats. Apres différents renvois le Parlement se réunit le 22 avril pour juger les demandes de récusation.
11 en admit six ce jourdà et plus tard cin autres, en tout onze : celles du premier président d*Aniilly, des présidents de Boisgelin de Cueé, Le f*restre de Cliâteaugiron et de Cornulier, des conseillers de Griniaudet, du Boisbaudry, Picot de Peecadeuc, du Boispéan, Foucher de Carel
1. « Denmm noua recevonsl évêque de Rennes, ronseiUer-né ; il »era corn pli ta en té et cooiplimentem et puin traitera tout le Parlement. » (Corresp. Le Prestr^, 1" avril 17G6.) M. Pelage de Coniuc avait été reçu cangeiller au Parlement le 5 ncjût 1750 ; il se dëuiit de celle charge le 2 décembre 1757 et ochela, le 8 «vril 17 J8, roJBce de sénéchal du Prësictial de Rennes, dans letiiiel il succéda à Jeuti Raillon, nommé plus tard intendant h Lyun. M lut nummé causeiller bûnamire le 12 mars 17GÛ, avec dispense dei tcmp» de service.
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père, de Gornulier fils et Auvril de Treveiiegat *. Au contraire, il débouta de leurs demandes MM. de KerouUas, Geffroy de Villeblanche, Fourché de Quehillac, Fabrony de la Prégenterie, Ferron du Ghesne. Neuf autres étaient présents à Taudience du 22 avril : les présidents de Montbourcher et de Farcy de Guillé, les conseillers de Brilhac, Bonin de la Villebouquais, Foucher de Gareil fils, Trouillet de la Bertière, Eveillard de Livois, Jouneaux du Breilhoussoux et Le Loû de la Biliais; c'était donc en tout quatorze magistrats qui étaient en état de juger, nombre tout à fait insuffisant et qui pouvait encore se trouver réduit à la première indisposition ou au moindre incident-.
Aussi Montbourcher représentait au contrôleur général le danger qu'il y avait à entamer en nombre si restreint Tinstruction d'une affaire si importante. « Nous restons treize, M. de Villeblanche étant nommé procureur général. » Il aurait souRaité que Ton commençât par compléter le Parlement. « Ge serait la chose la plus désirable pour la satisfaction des juges, pQur calmer Tinquiétude des accusés, j'ajouterai celle du public attentif, dont il est prudent de prévenir la critique, surtout dans l'espèce de l'affaire courante 2. »
1. Ce dernier voulait siéger malgré sa parenté au 4* degré avec M. de la GAcherie. H reçut du roi une pension de 1200 livres. (Journal des Evénements, p. 118, 123.)