Procès instruit, III, 154-159. Arrêt du 29 iuiVVfcV. M
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au faubourg où aboutit la route de Paris, et dont le supérieur était Tabbé Clemenceau, ancien jésuite. Dans la nuit du 18 au 19 juillet, Bouquerel fut transféré à pied, entouré d'une escorte de neuf dragons commandés par le lieutenant des Fourneaux, du régiment d'Autichamp, au couvent des Cordeliers, où une prison avait été aménagée*.
On espérait tirer de Bouquerel des renseignements intéressants. « Il parait très vraisemblable, disait d'Aiguillon, que Tinterrogatoire de cet accusé donnera des lumières fort étendues sur les billets anonymes, paraissant prouvé par les réponses de M. de Caradeuc à M. Le Noir que ce Bouquerel était très connu dans sa maison et y était souvent, quoiqu^il ait dit le contraire à Paris^. » 11 croyait donc que La Chalotais avait inspiré Bouquerel.
Une lettre fort étrange, qui fut trouvée sur celui-ci, semblait confirmer ces soupçons. Elle lui avait été adressée le 17 janvier 1766 — six mois après son arrestation — par son oncle, François Bouquerel, prieur-curé de Fougy, près Argentan 3.
1. D'après le Journal des Evénements (p. 133), le P. Frey de Neuville, ancien provincial des Jésuites, s'était retiré dans cette moison, et il s'y tenait des réunions fréquentes d'amis des Jésuites et d'ennemis de La Chalotais. Nous aurons à revenir sur cet incident, qui forme le point de départ d'un des épisodes les plus étranges de cette histoire.
2. Arch. Nat, H. 439. D'Aiguillon à Saint-Florentin, 11 juillet 1766.
3. Dans lés documents du temps on écrit Bougy; on dit même que le Pin, dont parle la lettre, est une paroisse près de Nantes» {Procédure de Bretagne, p. 187.)
Il faut lire : Fougy, paroisse près d'Argentan, dont F. Bonquerel était curé en 1766. Fougy, au^ouvd'hui réuni à la commane
On y lisait : « Pour vous tirer du triste état et du pas délicat où vous êtes réduit, sur ce que j'ai appris de M. le curé du Pin, j'ai écrit à un seigneur qui est en état de vous rendre service, je l'ai prié de s'intéresser pour votre délivrance auprès du ministre à qui s'adresse la lettre que vous -avez eu le malheur de transcrire pour lui être adressée. 11 l'a assuré que vous n'étiez point coupable personnellement et que vous n'avez fait qu'écrire sous la dictée ou écrit innocemment. On lui a répondu de manière à laisser espérer d'obtenir votre grâce si ce fait était bien avéré. Pour y réussir, il faut que vous nous mettiez à portée de pouvoir dire sous la dictée de qui vous avez copié cet écrit dont il s'agit... Ne craignez d'offenser personne, ne mettez point votre tête à la place ou pour un autre... Vous a-t-on intimidé ou menacé?... Méditez bien tout ceci et nous envoyez de quoi travailler à votre délivrance*. » Cette lettre rentrait trop bien dans la thèse de l'accusation pour qu'il soit téméraire de supposer qu'elle avait été suggérée au curé de Fougy. Elle était en contradiction formelle avec les déclarations faites par Bouquerel à M. de Sartines le 7 septembre 1765. Il avait en effet affirmé aussi nettement
du Bourg-Sain t-Léonard, dépendait du doyenné d'Exmes et du diocèse de Séez. La cure, d'un revenu de 1,500 livres, était à la nomination de l'abbé de Silly-en-Gouffern. Foug^ est à 11 kilomd'Argentan, à 5 kilom. du Pin et à 13 kilom. de Nonant-le-Pin, qu'on a sans doute confondu avec Nantes.
1. Journal des Evénements^ p. 133. — Procès instruit^ III, 140, 146-151. — Procédure de Bretagne^ p. 187. — Sixième Développe^ ment, p. 117-120,
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que possible que lui seul avail écrit la fameuse . lettre, qu*il n'avait été poussé ni incité par personne, quil ne Tavait montrée à qui que ce soij pus même à son frère *...
La lettre du curé de Fougy fut immédiatemenT saisie par ViUeblanche; elle peut laisser devi dans quel sens fut dirigé Tinterrogatoire trois heures que celui-ci fit subir le same 19 juillet au prisonnier. Mais une mésaventure extraordinaire allait arrêter net rinslructioii : dans la nuit du 21 au 22 juillet, Bouquerel devint subitement fou. Esprit faible, très impres^j sionnable et mal équilibré, comme le prouve I^M lettre bizarre qu'il avait écrite à Saiiit-FIorentin^n énervé par le régime de la prison^ troublé par les anxiétés qu'il éprouva, les terreurs qu'on lui fit entrevoir, il finit par succomber à une attaque de frénésie si violente qu'il fallut le garrotter. Sur Tordre des médecins, il fut saigné, baigné; lui jeta des seaux d'eau à la figure, mais toi fut inutile : il avait perdu la raison.
C'était un contre-temps fâcheux pour Taccusation, qjii décidément jouait de malheur. « L'infortuné Bouquerel a une fièvre chaude ; je crois que la peur et le chagrin ont cutitribué à son mal, dit Le Prestre. Cela va retarder la besogne'-. » Oa le garda encore huit jours au couvent de Saint-P'rançois; on craigtiatt que la folie ne fut simulée, mais trois mklecins, Dubois père, du Lnttay et Rapatel certifièrent que sa maladie
1. Procès instruit, I, ^S-'i'i, — L'ubbé Boutiiierel disait en poti ëcriplum : a Je oc puis vous envoyer aucun argeat. m C'est un point à retenir.
2, Correspondance Le PreaUc^ îiS ^mllet 1766,
était bien Taliénation mentale et non une simple fièvre frénétique *.
Il fallut le ramener à Saint-Méen. « L'abbé Clemenceau, qui entend mieux le langage des fous, en tirera plus de parti que nous, » écrit Barrin avec une pointe de malice qui donne à penser 2. Le duc ne dit-il pas lui-même : « Il parait que ce qui l'a troublé et égaré est la frayeur du supplice qu'il croit avoir mérité. On juge par les discours qu'il tient qu'il craint d'être damné s'il ne nomme pas les gens qui l'ont engagé à écrire la lettre anonyme qui fait son crime ^... » Ces mots dévoilent clairement l'idée préconçue et le parti-pris de l'accusation qui voulait absolument faire de La Chalotais l'inspirateur de Bouquerel*. Or, on n'a jamais découvert la moindre preuve de cette supposition et, par contre, Bouquerel étant encore plein de bon sens, a explicitement déclaré qu'il avait écrit sa lettre seul et n'avait jamais eu de complice. Cette foi§ encore, on laisse de côté les