‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 3)Chapitre 146 sur 187 · L EXPERTISE · texte numérisé non relu

L EXPERTISE

Tout le raisonnement des experts repose sur cette base, : les billets sont d'une écriture déguisée, contrefaite ; or on retrouve dans cette écriture certains traits de celle de La Chalotaîs ; ce sont ceux où la nature et la force de Thabilude l'ont emporté ; quoique ayant voulu déguiser son écriture^ il s'est trahi par ces similitudes involontaires, donc les billets sont bien de sa main.

Ce raisonnement nest pas sérieux, mais il était fort commode pour les experts. G*est une arme à deux tranchants qui leur permettait de frapper à coup sur ; si les caractères sont différents, c'est que Fauteur a falsifié son écriture; s'ils sont semblables, c'est que Tauteur, emporté par la force de T habitude, n'a pu réussir à la dissimuler.

Et Ton arrive ainsi à cette conclusion logique : plus il y a de caractères différents, plus il est démontré que Fauteur a voulu dissimuler son écriture; donc, plus il y a de différence entre les billets et Técriture de La Chalotais, plus il est certain qu'ils sont de lui*,. C'est peut-être très savant, mais c'est contraire au bon sens le plus élémentaire. Gomme le dit le spirituel annotateur du Procès instruit^ il aurait fallu partir du principe opposé et commencer par prouver que l'écriture était déguisée. C'est ce que les experts n^ont pas fait; ils se sont contentés de dire ; cette écriture est simulée et elle n'a pu être simulée que par La Chalotais, Cela n'a pas le sens commun. C'est au contraire une écriture naturelle; celui qui l'a tracée a employé sa main ordinaire et les caractères dont il avait coutume de se servir. Elle est mauvaise, non conforme a\3^TL

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règles peul-êire, mais elle est naturelle : il est permis de mal écrire '•

Les experts soutienneiit que cette écriture est déguisée, non parce fju'elle imite Técriture d'un autre, mais parce qu'elle nVst pas le caractère ordinaire de son auteur* Quelle preuve apportent* ils de cette opinion spéciale, de celte affirmation précise ? Aucune, C'est grotesque. Car il y a des milliers d'hommes dont Técriture naturelle porte cette empreinte de gêne et d'inhabileté qui la fait juger déguisée. Les experts partent de cette idée qu'il est impossible physiquement qu6 deux mains différentes tracent des lettres semblables. C'est faux et c'est absurde* Pourquoi décider contre Taccusé sur six lettres conformes, plutôt que se prononcer en sa faveur sur dixhuit dissemblables? Pourquoi le prétendu dégt^H sèment existe-t-il dans les dix-huit lettres diUffV rentes pluti^t que dans les six lettres qui se , ressemblent ? ^H

Ainsi, d'après ce raisonnement, cinquante traraH évidents de dissemblance entre les deux écritures ne prouveront rien : c'est l'effet nécessaire du déguisement affecté ; mais cinq ou six lettres qui se trouveront identiques mettront le crime en évidence : Fhabitude a entraîné le coupable malgré lui ! Le sens commun dit que des caractères entièrement différents doivent partir de mains différentes. En réalité, rien n'est affecté ni dans lune ni dans Tautre de ces écritures. Nous sommes en présence de deux types absolument opposés qui ne peuvent pas être raisonnable-

i, Pracèi imiruit, \\\^ 1^*

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ment attribués à un même auteur. « Prétendre le contraire, c'est le comble de la déraison et de la témérité *. »

La Chalotais avait raison de dire en plaisantant au greffier Blain de Saint-Aubin que l'écriture des billets anonymes ressemblait à la sienne. On pourrait ajouter qu'elle avait encore plus de traits communs avec celle de M. de Villeblanche. A l'aide des procédés employés par les experts, il eût été très facile de démontrer que les billets étaient l'œuvre du procureur général Villeblanche, chargé d'en découvrir les auteurs !

Après un examen superficiel, on pourrait trouver peut-être, dans l'apparence générale, une certaine conformité entre l'écriture des billets et celle de quelques-unes des lettres de La Chalotais. Mais cette apparence ne résiste pas à une comparaison sérieuse 2.

Il nous sera permis d'ajouter que, pour compléter la démonstration, nous avons voulu demander l'avis d'un graphologue distingué, M. le baron de Watteville. Nous lui avons remis la reproduction des billets anonymes et comme pièces de comparaison : une lettre écrite et signée par La Chalotais le 27 juin 1759 et le manuscrit du Quatrième Mémoire, daté de Saintes, mai 1767, (publié plus tard sous le titre de Sixième Déve^ loppement)y qui contient de longues et nom-

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