‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 3)Chapitre 15 sur 187 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

I. Lettre anonyme adressée à M. de Saint-Florentin. — Elle est de Bouquerel. — Les billets ononymes. — On les attribue à La Cbalotais. — Première expertise.

II. Le graveur Ollivault. — Premières poursuites. — Le roi nomme une Commission du Conseil. — Renvoi de l'affaire à la Tournelle de Paris. — Interrogatoires de M™« de la Roche et de Bouquerel.

III. La situation à Rennes. — Les Mémoires de Loverdy. — Théories contestables, Réponses. — Saisie delà Lettre d'un Patriote.

— Quel en était l'auteur?

IV. Nouvelles dénonciations. — Kerguézec et Pire sont exilés. — Anecdotes légères.

V. Prétendus griefs contre La Cbalotais et Caradeuc. — L'affaire Audouard. — L'incident Turquety. — L'incident du frère Sylvestre. — L'incident Berthelot. — L'incident de la Fleudrye.

— L'incident Danzas. — L'approche du dénouement.

La démission du Parlement, interrompant le cours de la justice, avait jeté un trouble profond dans les affaires; les débiteurs profitaient de Tabsence de tribunaux pour ne pas remplir leurs engagements, les négociants se plaignaient vivement du préjudice apporté au commerce. A Rennes surtout, le chômage des diverses juridictions causait une telle gêne, dit un témoin, que chacun s'entretenait de cet événement et parlait avec une liberté très forte de ceux qui

50 LE DUC d'aiguillon ET LA CHALOTAIS

approchent le roi. On les traitait de scélérats, on ajoutait qu'on trompait le souTerain, qu'on ne lui présentait pas les choses comme elles étaient'. On s'en prenait beaucoup plus aux ministres qu'aux magistrats.

Le 8 juin 1765, M. de Saint-Florentin reçut une lettre sans date ni signature, qui lui fut apportée par la poste avec le timbre de Rennes. En voici le texte :

a Monsieur, inutilement louez-vous la conduite de douze à quinze membres du Parlement de Bretagne qui ont refusé de se démettre de leurs charges, sous prétexte d'obéissance au roi. Ils ne passeront jamais que comme des traîtres et des coquins, et les autres seront toujours regardés comme de vrais protecteurs et défenseurs de leur patrie.

Au surplus, Monsieur, vous m'avouerez que le peuple nourrissant le roi et sa suite, il lui est permis de se plaindre; voyant qu'un aussi bon prince est journellement trompé et séduit par une troupe de scélérats de toute espèce qui l'environne.

Il est cependant temps de rendre justice, ou tout irait mal au grand malheur de quelqu'un ^. »

Le ministre eut aussitôt la pensée de renvoyer cette lettre anonyme au subdélégué Audouard afin d'en découvrir l'auteur. Ce ne fut pas très difficile. On s'assura vite que la missive avait été écrite par un jeune homme nommé Pierre- Yves Bouquerel, commis chez son frère, négociant sur la place des Lices. Bouquerel avait

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