‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 3)Chapitre 16 sur 187 · Procès instruit, I · texte numérisé non relu

Procès instruit, I

vingt-trois ans, il était né à Guibray, en Normandie, et travaillait depuis cinq ans chez son frère pour apprendre le commerce. Bouquerel Faîne, établi à Rennes depuis dix-sept ans, était marchand de toiles, mousselines, etc*.

Le jeune Bouquerel, d'intelligence bornée et d'esprit exalté, avait eu la tête échauffée par les propos qu'il entendait chaque jour, les critiques et les plaintes contre lés ministres, et notamment contre M. de Saint-Florentin.

Un jour, en rentrant chez lui, il eut l'idée étrange d'écrire cette lettre, assurément irrespectueuse ; il la cacheta et la porta lui-mômc à la poste. A peine fut-elle remise, il sentit la sottise qu'il avait faite et voulut la retirer; mais il eut peur de se faire arrêter, la lettre étant adressée à un ministre. Il déclara n'avoir eu aucun complice ni reçu de conseils ou d'inspirations de personne.

Bouquerel fut immédiatement arrêté et conduit sous bonne escorte à la Bastille, où il fut écroué le 19 juillet 17652.

Vers la même époque, M. de Saint-Florentin reçut encore un autre envoi anonyme qui devait avoir, celui-là, de formidables conséquences. Dqux billets injurieux et grossiers lui furent adressés avec le timbre de la poste de ifennes :

En voici le texte et l'orthographe :

1. Guibray est un faubourg de la ville de Falaise, dans lequel sont encore toutes les fabriques de toiles et cotonnades qui ont fait la célébrité de cette petite ville.

2. Procès instruit, I, 35-45. — Bibliothèque de l'Arsenal. Archives de la Bastille. Dossier La Cbalotais. J'y trouve la date du 19, qui doit être exacte ; le Procès dit le 26 juillet. (III, 146.)

52 LK DUC d'aiguillon et l.v ciialotais

A Monsieur Monsieur de sain Florantin Ministre segretaire destal En Cour.

dis à ton Maitre que Malgré lui nous chasserons les 12 j et toy ausi.

Et le second :

tu est j f autant que les 12 j f

Magistras qui ont échapé à la

déroutte generalle raporte cecy

à Louis pour qu'ils conunce donc nos

affaire et puis écris en son nom maies

sans son su belle epitres au 12 j f

Magistra

('es billets, dépourvus de sens commun, ne méritaient que le mépris, mais cet envoi répété dVîcrits anonymes injurieux provoqua la plus vive irritation à la cour et mit le comble à la colère de M. de Saint-Florentin. Il adressa aussitôt les billets à l'intendant, qui chargea son subdélégué Audouard de faire des recherches, et c'est Audouard qui eut le premier l'idée que l'écriture des billets ressemblait à celle de M. de la Chalotais. Du moins celui-ci l'affirme K

On assure, d'autre part, que M. de Galonné voyant les billets dans le cabinet de M. de Saint- Florentin, se serait écrié : « Ah ! voilà de l'écriture de M. de la Chalotais-. »

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