Procès insiiuU, I
2. Arch. Nat., 0^ 461. Saint-Florentin à Galonné, 17 déc. 1765. 11 n'avait pas manqué pourtant de l'encourager : « Il est fort à désirer que l'information à laquelle M. Le Noir travaille avec tant d'activité vous fournisse des faits et surtout des preuves de ceux qui sont déjà acquis contre MM. de la Chalotais, de Caradeuc et de la Gâcherie. Il importe particulièrement de constater les délits les plus graves commis par les deux premiers. » (Saint- Florentin à Galonné, 13 décembre 1765.) — Ainsi on commençait par arrêter les magistrats suspects et on cherchait des délits après !
domiciles de nouvelles perquisitions et de procéder à leur interrogatoire.
Le lundi 16 décembre 1765, le procureur général de la Ghalotai« fut extrait du château du Taureau. Il y était resté trente-cinq jours. Pour un vieillard de soixante-cinq ans, cette captivité était dure.
Trente-cinq jours passés au fond d'une sorte de cave battue par les vagues, au plus fort de riiiver, presque sans lumière et sans feu, au secret absolu, toute communication interdite avec le inonde extérieur, même avec son fils enfermé à cAté de lui, ce n'était pas, quoi qu'on en ait dit, une détention pour rire.
M. de la Ghalotais est amené en bateau à Morlaix (son fds restant au château du Taureau). Dans cette ville, on le feit monter en chaise de poste; il est escorté par un détachement de dragons ; à côté de lui, pour plus de sûreté, prend place un officier. A Guingamp, le jeune conseiller du Bourblanc, toujours ardent, s'élance sur le brancard de la chaise, arrêtée devant la poste pour changer de chevaux, et dit à haute voix en présence de beaucoup de personnes : « Monsieur de la Ghalotais, ne soyez pas inquiet; le Parlement de Bordeaux va prendre votre fait et cause, il en a le droit par évocation... » L'officier repousse du Bourblanc et le fait taire en lui disant qu'il a ordre d'interdire toute communication avec le prisonnier, « sur-
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tout pour les affaires du temps. » Du Bourblanc n'éloigne en criant encore : « Et le Pariement de
HoucMi^.. »
Mais où devait-on déposer à Rennes M. de In (^lalotais? C'était assez embarrassant. On ne |)ouvait décemment l'emprisonner à la Tour-Ie- ÏU\i ou aux conciergeries du Palais, avec les malfaiteurs qu'il faisait juger six mois auparavant. On se décida à établir une prison spéciale dans l(î couvent des Cordeliers ou Franciscains, <|ui n'était séparé du Palais que par la rue Saint- Kian(,*()is. On lit préparer dans l'infirmerie, isolée (l(îs autres bâtiments, deux chambres ai rez-de-chaussée, ou mura les fenêtres jusqu'à six i)ieds de hauteur et on grilla le reste avec dos barreaux de fer.
Le mardi 17 décembre, on établit là un corps (le garde de douze dragons. A onze heures du soir, hi voiture de M. de la Ghalotais résonne sur hî pavé (;t s'arrête dans la rue.
11 est enfermé dans une des chambres, un oflici(?r couche au-dessus de lui, des sentinelles montent la garde jour et nuit devant la porte.
Quelles réflexions amères ne dut pas faire le })rocureur général, prisonnier dans cette cellule, à deux pas de ce Palais où il avait si souvent recjuis la condamnation des criminels, sous les fenêtres même de cette grand'chambre où il avait pronoiuîé tant d'éloquents discours.
On lui laisse à peine le temps de s'y reposer quelques heures ; le lendemain, dès sept heures