Marion, La Bretagne et le duc d* Aiguillon, p. Vi
190 LE DIX UAir.! ILLON ET L\ Cil\LOT\lS
riiôtel de Caradeuc au prisonnier. On rapporte « que M, do Robîen aurait écrit à AL de Coniac,
le 7 juin, quW veuîiil de voir h Paris une personne, qu'il lie nomme pas, qui recevait à ioul^i instant des lettres de M. de Kersalaûu, voire mèm^H des lettres d'îiffair«*s ^ » Jlaîs nous ne somuiei^^ pas au mois de juin, ni û Reunes, et il ne s'agit pas de M. de Ki^rsalaûn qui, à ce moment, n'éta^ pas au eliAteau de Saint-XIalo.
Par cou Ire, s* il n'y a pas de preuve pour àé mentir le mot de La Chalotais, il eu existe poi] le confirmer. Au mois de janvier, les prisonnier n'avaient pas encore rautorisatiou d'écrire. Ils ne roblinreiit qu*apres les interrof^atoires, vers le 10 février. Or le [n'omier Mémoire est daté du L5 janvier. Les iustructions données par Saint- Florentin sont IV)rnu41es à cet égard ; « J'ai supprimé dans riustructiou du commandant du château de Saint-Malo les art. 5 et 6, qui concernent les lettres que les prisonniers pourraient écrire ou recevoir. Il a élé réglé ci-dceanf qu'ils nécri^ 1 raient pas, et qu'ils ne pourraient recevoir de lettres que de leurs femmes, qui seraient obligées ^ de me les adresser.
« G*est ce qui s'est exactement observé dans les ' châteaux du Taureau, de Nantes et du iiout Saint- Michel. 11 n'y a pas de motif pour changer c^j plan. Il y aurait même de l'inconvénient à l^^^ faire. Eu adoucissant ainsi le sort des prison-^^ ni ers, on donnerait lieu de croire que l'on commence à reconnaître qu'ils sont innocents o<
1. Morion, la Bretagne, p. 380, tiote 2; — Carré, La Cha/otal p. 37,
moins coupables. Ce changement pourrait jeter de Todieux sur les commandants du Taureau et de Nantes'. »
Laissons de côté cette thèse abominable que les adoucissements au sort des prisonniers pour* raient faire croire que Ton reconnaît qu'ils sont innocents, et ne retenons de cette lettre que les instructions précises qui ruinent toutes les suppositions contraires. Car jusqu'à présent on n'a encore produit que des suppositions.
C'est donc avec raison que le Journal des Evénements a pu dire : « Toute communication leur est interdite, on fouille exactement tous les mets* qu'on leur présente, ils ne vont point à la messe (bien qu'il y ait une chapelle dans l'enceinte du château). On leur refuse même la liberté d'écrire à qui que ce soit. Depuis les intev^ rogatoireSj ils ont eu la liberté d'écrire à leur famille en présence des officiers préposés à leur garde et sous l'enveloppe de M. de Fontette, à qui ils font passer leurs lettres ouvertes et qui reçoit les réponses sans cachet'. »
1. Arch. Nat., 0* 461. Instructions de Saint-Florentin ù Ctilonne, Le Noir et Flesselles, 15 décembre 1765. — Saint-Florentin écrivait en même temps au commandant du chdteau : <n Le roi. Monsieur, vient de donner des ordres pour faire conduire à la citodelle de Saint-Malo six prisonniers qui doivent être séparés les uns dej autres et exactement renfermés... Sa Majesté entend que vous y opportiez la plus grande vigilance. Elle veut en porticulier qu'oucun d'eux no puisse recevoir de lettres que de leurs femmes, s'ils sont mariés, et même qu*elles m'adressent celles qu'elles leur écriront. Vous marquerez aux différentes personnes qui pourraient leur écrire qu'il est inutile qu'elles leur écrivent davantage, Sa Mojesté ayant défendu de leur laisser parvenir aucune lettre. » 12 décembre 1765.
2. Journal des Evénements^ p. 50. — Le 14 avril 1766, La Chalotais se plaint d'avoir demandé dix fois papier ^ p\\x\ii^'& ^V. ^t^^\^
102 LE DLC d'aiguillon ET hk CHaLOTUS
C'est ce qui explique comment La Chalolais pu dire de son second Afémoire : a Ecrit comme le pn^mier; »> car il est évident qu'à ce moment encore, 17 riHTier, si Ton surveillait de si près leur corrr*H|nitriIanee, on veillait encore plus minuiieu somfinl h r** qa*ils n'eussent ni plume, ni encre Plus tard, La Chîdolais put écrire et même il écrivit hf^niicoup ; mais au début il ne pouvait le faire et le mot devenu fameux est rexpressioii sincère rie la vérité corroborée par les documents.
Du ifsif , M. de Cnradeue avoua dans son in- Icrrogaloire avoir fabriqué de Tencre (t avec du vin, d(3 la suie de cheminée et du charbon, » elle cnmniîssain! Le Noir n'en parut pas étonné*.
M, dr la Fru<^hiye conlirrri!^ a son tour les dires ih? sfjii bf-*au-pôrc. Accouru à Saint-Malo, il chercha Iph moy«'us de correspondn-> avec les prisonniers et il êst certain qu'il y réussit, a Malgré TextrAme rigueur de cette troupe de geôliers, ditil dans ses Mémoires manuscrits, ayant pour mf>i la bienveillance de tous les honnêtes gens, je parvins bientôt à me procurer des moyens de correspondi'e avec mes parents accusés, et M. di
pritip èvrh'n nu rfiî. l'\ttileile répond : « Il ne peut guère élre vrril*i«iîjl>lnhlc< (pie M, Urorormîep, qui est tin oEBcîer exact et doux, (lit rrînnê h M. do hi ChaltUaia dea nlutnea, encre et papier p**ui" érrin^ rjii mi el h aca niinîalies, puisqu'il lui en n douiic rieiiîL ou troS.H fui» par senuniric an moins, ou pour mieux dire touln» 1er* iuiii rpi'îl lui en a deniciridé pour écrire n. sa fivmille. i> (Arrh, mtri. jusL., duHsîersi d'Aiguillon,} Doue, même A ce moment, M. de In (JhriIuLai» n'avnîl p«a a sa libre disposition plumcâ|B t*mtrv H papier, il étoit obligé de les demander chaque fois indiquaol a qui il voulait écrire. Donc, il n'a pu écrire set MétHuircx qu'en enrbelle et sans se servir des plumes qui lui ètiiietit remises puis reprt*ies* l.Procin instruit, II, 167.
la Chalotais parvint à me faire passer son premier Mémoire écrit avec un cure-dent et de Tencre faite de suie, de sucre et de vinaigre, écrit du style le plus vigoureux et le plus éloquent. Je le fis passer sur-le-champ à ma belle-sœur à Paris pour' l'y faire imprimer, ce qui eut été aussi dangereux que difficile en Bretagne'. »
En effet, ce premier Mémoire et le second qui fut composé par La Chalotais un mois après, le 17 février 1766, furent imprimés clandestinement à Bordeaux 2. Ils se répandirent dans le public vers le mois de juin et eurent aussitôt un énorme retentissement. C'est alors que Voltaire, qui avait reçu un des premiers exemplaires, adressa à d'Alembert le mot resté célèbre : « Mon sang a bouilli quand j'ai lu le Mémoire de l'infortuné M. de la Chalotais. Son cure-dent grave pour l'immortalité. Malheur à qui la lecture de cet écrit ne donne pas la fièvre. Les Parisiens sont lâches, gémissent, soupent et oublient tout 3. »
L'emprisonnement de La Chalotais et des magistrats, qui avait passé presque inaperçu, — on