‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 3)Chapitre 68 sur 187 · Mémoires manuscrits de M. de la Fruglaye · texte numérisé non relu

Mémoires manuscrits de M. de la Fruglaye

2. Saint-Florentin écrit à d'Aiguillon le 21 juin 1766 : « Il a paru dans la ville de Bordeaux une brochure de 80 pages, petit caractère, ayant pour titre Mémoires de M. de la Chalotais. C'est un tissu d'injures et de faussetés, dont il est assez vraisemblable que M. de la Chalotais est en effet l'auteur. Ce libelle est distribué jusqu'il présent fort clandestinement. On n'en a fait courir que cinq ou six exemplaires à Bordeaux, où il est probable qu'il a été imprimé, et l'on a fait les plus grands efforts pour les dérober aux recherches. » (Arch. min. justice.)

3. Œuvres complètes de Voltaire, édit. Garnier ; — Correspond dance^ t. 44, p. 377, 7 août 1766, et Mémoires de La Chalotais^ in fine.

n'avait pas alors de journaux — commença dèi lors d'occuper ropiuion et de soulever des protestations dans la France entière»

Ce premier Mémoire est une sorte de défense^ préventive, car ranieur ne sait pas encore pour quels actes il est poursuivi.

L'iKuvre porte bien, du reste, la marque de La Chalotais, On y trouve la dialectique serrée, Tironie amère, Tinveetive mordante L Le style, complètement débarrassé des formules judiciaires cïu (les tournures surannées, est vivant et moderne, et aujourdliui encore le Mémoire se lit avec întérêt. On y remarque parfois, il est vrai, une certaine emphase, mais c'était un peu la mode du temps, et par contre certains passages offrent de réelles envolées d'éloquence.

La Chalotais attribue sans hésiter sa disgrâce au duc dWiguillon, il cherche quelles sont les causes de Tinimitié de celui-ci. C'est, dit-il, la plainte tbi Parlement contre son administration, le désir de cacher les t< fautes et les bévnes » commises, enlîn le rapport adressé à M. de GhoiseuL contre lui aux Etats de 1762; à partir de ce moment il jura de perdre le procureur général et ne lui pardonna pas d'avoir fait agréer son fds pour son successeur. L'auteur associe du reste le duc a la cause des Jésuites, qu'il croit ses ennemis; à ce point de vue il se trompe ; - il voit troîsi

1. C'est même la meiUeure rcpoDse à ceux qui prélendeiit que les Comptes remius conlre le» Jé^uitei ne sont pas rouvre du prcïfureur j^'éiicraî. On ne potil stujlenîr ccUc fois que dWlernbort Toit aidé h composer ses Memoircn au chûteau de Saint- Malo,

2. Le dur d'At|^uiUun se dëfend de loule rompt aï «an ce pour le* Jcsuileii et même de toute relolion ovcc eux. Liu|;:uet alïirRie que,

cabales formées contre lui : par quelques membres du clergé, par les Jésuites et par les amis du duc d'Aiguillon. Ce sont là évidemment des préventions exagérées '.

Après avoir raconté en termes émus son arrestation, sa dure captivité au château du Taureau, le procureur général se demande quels reproches on peut lui adresser. Sa vie publique comme sa vie privée sont à Tabri de toute critique, il n'est pas responsable de l'opposition du Parlement.

Il n'a pris aucune part aux remontrances successives adressées au roi, il s'est opposé de toutes ses forces au parti des démissions ; après le 22 mai 1765, il est resté chez lui, travaillant sept heures piar jour, et n'en est pas sorti sept fois dans l'espace de sept mois.

Quant à sa vie privée, elle est inattaquable. « J'ai toujours tâché de vivre en particulier comme si j'eusse vécu en public, dit-il, et de me montrer tel que je suis ; c'est au public, dont je révère les suffrages, que je soumets ma façon de penser et de vivre... Je veux bien que tout le monde sache ce que je dis et ce que je fais dans ma maison... Mes ennemis n'y verront rien que d'honnête, de décent et d'irréprochable ; qu'ils en fassent autant s'ils l'osent -. »

La procédure entamée est irrégulière et anormale : « Arrêter cinq magistrats de Cour souveraine sur des soupçons, commencer par les

depuis sa sortie du collège, le duc n'a eu aucune liaison avec eux, ni directe ni indirecte. (Mémoire pour d'Aiguillon,!^, 290, 293.)

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