Journal des Evénements, p
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ret, ou tHaiont logés il M. Le Soïv et de Galonné j on fîiit lever M"**" de Tréverret pour préparer du caîi* a rétraiiger, qui resta toute la nuit et la journée avec les deux commissaires. Les doniestiqu(*s reçurent Tordre de fermer les portes a elel' et de dire que eeux-ci étaient sortis. M. Le Noir seul alla à la niesse et rentra aussitôt.
Dans r après-midi, M'"" de Léon, belle-sœur de^ M™** de Tréverret, s'êtant trouvée incommodée, se jeta sur un Ht, dans un cabinet (jui n'était séparé que par une cloison de rappartenient occupé par ces messieurs. Elle entendit 1 inconnu dire : « Mais en aurez-vous assez pour les condamner, voilà le fait. Telle et telle chose UM^ simi pas suffisantes. i> ^H
Et Fuu des interlocuteurs, qui devait être M. de (Jalonne, répondit : ^^
— Lhi magistrat peut bien l'aire des représei^H tations au roi une fois, deux fois et nif^nie trois fois; mais alors il doit se rendre. J'avais cou damné M. de la Clndotais avant d'arriver Saint-Malo et je le condamnerai avant d'eu soï tir».
Le mystérieux voyageur serait reparti dans la soirée pour rentrer à Rennes le lundi matin, 27 janviei'. Le fait n'est pas invraisemblable. Il est possible que le duc ait voulu se rendre compte par lui-même de l'état de raffaire et de ses résultats probables; ils pouvaient être assez graves pour motiver cette démarche.
1. Procéduret faiUa en Btetagne H tlet^ant la Ctnir des Pu if s i il70, OV4JC (io3 observutiujis, p. 146, l-'iS. M, de CortiuUer ajoate que M. et M"* de Trëvorret, M*" de Léou, M. de Bresse, avocat, util cotiuuUtaoee de ces fiiilsi.
Pour être impartial, disons que M. de la Fruglaye ne parle pas de ce voyage, et qu'il existe aux Archives nationales un rapport de d'Aiguillon daté du 26 janvier 1766, jour où il aurait dû se trouver à Saint-Malo. Ce ne sont pas là des preuves formelles, car cette lettre est écrite par un scribe et porte seulement la signature du duc. Elle a pu être copiée le dimanche et signée le lundi 27 janvier'.
D'Aiguillon et ses défenseurs ont toujours nié formellement ce voyage. Dans les Observa^ lions sur la Procédure de Bretagne, Linguet discute longuement ce point et prétend démontrer l'impossibilité de ce déplacement. Ses arguments ne sont pas concluants. Le duc recevait tous les jours, dit-il, et le dimanche il assistait à une messe en musique. Mais une absence d'une journée eût pu fort bien passer inaperçue.
L'avocat s'indigne contre les propos prêtés au commandant. Il déclare que cette conversation serait « abominable. » En un style très échauffé, il conclut que Cornulier est un « faux témoin, que la déposition de ce témoin séditieux réunit l'excès de la bassesse à celui de la témérité 2. » Mais ses injures ne prouvent pas plus que ses périodes emphatiques. 11 est certain que le voyage fut matériellement possible; il faut
1. Arch. Nat., H. 439. Rapport du duc d'Aig^uillon du 26 janvier 1766.
2, Procédures faites en Bretagne. Observations, p. 156, 167. — Une note manuscrite, qui est aux Archives du ministère de la justice, démontre également la fausseté du prétendu voyag^e du duc d'Aiguillon à Saint-Malo.
tE DUC D AIGUILLON ET L\ CHALOTAlS
donc elloisir entre les affirmations eontradiclaires <!*:* M. di' (kîriiulier el du duc d'Aiguillon,
Cl* qui cât sûr, c'est que dès le lendemain, le lundi 27 jimvier, la procédure eonnuença. A neuf ln-*uj"L*s du matin, les commissaires entrèrent dans leur salle de délibération, ils en sortirent à midi et se réunirent de nouveau à trois lieures jusqu'à neuf heures du soir. Les accusés n*étaieut pas présents. M. de Galonné pronon(;*a son réquisitoire définitif et, pour la première fois, il indiqu^^H les pièces k Tappni de raccusation, ^H
Toutes avaient été saisies dans les perquisitions ; elles étaient an nombre de cent ti-eize, mais près ile deux cents autres, qui auraient étel favorables aux inculpés, avaient été éeartéeâ Elle furent groupées en dix-sept cotes allant A à l\
Ce sont d'abord sept lettres intimes adresâé€ par La Chalotaîs à son lils. « On y voit, dit Tac^ êusation, l'homme du roi outrager rautorité souveraine /Jf/r mépris de ceux qui eu' sont déposilaireSy imputer à ceux-ci les plus mauvaises intentions, décrier leur administration au Heu d'en seconder les vues, s'emporter contre eux jusqu'à dire qu'ils méritent la haine publique ei particulière et chercber à transmettre h son fils, qui était en même temps son collègue, des sentiments aussi opposés à ceux de leur état. Il sacrifiait son devoir à son animosité, et, ayant formé le dessein de perdre celui qui en était prineipa-
lement Tobjet (c'est-à-dire le duc d'Aiguillon), il y rapportait toutes ses démarches.
Viennent ensuite sept lettres du marquis du Poulpry, <c contenant une relation sui^âe des affaires publiques qui montre des vues séditieuses émanant d'ennemis du bon ordre et de l'autorité; » deux lettj"es d'un nommé de Reynes, « annonçant une liaison suspecte, une intrigue compliquée de qualifications mystérieuses et de liaisons souterraines; » enfi-n deux lettres d^ M. de Kersalaûn en faveur de la démission du Parlement et une lettre de M. de Bégasson, montrant l'influence que La Chalotais exerçait sur les Etats.
En dernier lieu on produisait vingt-deux ordres d'écrou et un procès-verbal de l'état des prisons prouvant que le procureur général « disposait arbitrairement, sans forme et contre toute règle, de la liberté des citoyens; « ils constituent l'abus de pouvoir et la prévarication dans le ministère public; » enfin la copie des deux billets anonymes *.
Et c'est tout. Il faut avouer que, comme preuves, c'était absolument misérable, et l'on se demande comment on avait eu l'audace et l'imprudence d'arrêter, sur de telles pièces, un procureur général. Ainsi, contre La Chalotais, trois ordres de documents : des lettres privées, dont la valeur et même l'admissibilité dans un procès est fort contestée par Jes criminalistes ; une accusation ridicule d'alïôs de pouvoir analogues à
1. Les origcinaux étaient restés au groffe du Parlement de Paris.
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ceux que eommettenl tous les jours les ropr sentants du ministère public, et enfin les billets
anonymes, Jont nous rli son ter on s bientôt la po^^ tée vi L'autlientLcité. ^H
Contre Canideur, complicité des mc^mes délits, et tentative de violation du secret professionnel à regard d'un notaire. Ce n'était plus seulement . ridicule, c'iUait enfantin. ^H
Contre La Gacfierie, un billet de M. de Kei^^ salnun, plié en triangle et écrit en travers, plaisanterie puejrile; les interrogatoires de son intendant Rolland et cinq lettres adressées à M. de Montreuil, « où Ton combine un plan dVipposition aux vues de rautorîté, en eherrhant à écliaulFer les esprits et accréditer des principes destructifs^ des vraies maximes de la monarcliie! >> On oâ^f taxer d' « inartîon et de léthargie » la tranquillité^ du Parlement. ^^
Contre Montreuil, six lettres contenant lel^H propos les plus indécents sur Tadminist ration ! ^^
Contre La Coliniére, rien; le soupçon * Fa voir écrit la Lettre (fun PairioîeK
Fort de ces pièces et des témoignages quî" n^étaient pas plus sérieux, Calonne requit un décret de prise de corps contre La Glialotaisi Caradeuc, La Gacherie et Montreuil» un décre d'ajotrrnement personnel contre La Coliniére et d'assigné pour être ouï contre du Bourblanc, L^H (T Chambre royale criminelle, » après un délibéré^^ de cinq heures, ordonna^ar deux jugements du 27 et du 28 janvier i766n îï^t'^rcération des cin^
1. PrvtH instruit, 1, 213-221, 388-392, ^ Journat drs Eiinc menis, p, &i, 70. — Sixième Détfeiopp*;menf(^' Mémoire}^ p, US
magistrats, — y compris La Colinière, — car jusque-là leur détention n'avait aucun caractère légal, le dépôt des pièces à son greffe et la continuation de l'information. En conséquence, le rapporteur Le Noir fut chargé de procéder à l'interrogatoire des accusés. C'eût été la première formalité à remplir.
Le soir même, M. de Galonné partit pour Paris. Il passa par Rennes, vit le duc d'Aiguillon, conféra longuement avec lui et lui laissa copie de son réquisitoire, que celui-ci s'empressa de communiquer à MM. d'Amilly, de Flesselles et de Coniac.
Le Journal des Evénements rapporte que Galonné se serait répandu à Rennes en propos diffamatoires contre les accusés : La Ghalotais aurait trompé les ministres en les rassurant dans ses lettres et en excitant sous-main les magistrats démissionnaires à la résistance ; il était prouvé qu'il s'enivrait souvent et qu'il avait écrit les billets anonymes dans un moment d'ivresse ; c'était d'ailleurs un cerveau troublé, un homme perdu. Garadeuc, lui, était devenu fou. La Gâcherie, se sentant coupable, s'était jeté aux pieds de M. Le Noir. On avait trouvé des pièces terribles contre Montreuil. Le mémoire de La Golinière, rempli de vues séditieuses, était l'œuvre de son oncle La Gâcherie '.
Ges calomnies étaient odieuses, mais sans doute- on n'était pas fâché de les voir circuler dans le public; n'étaient -elles point au fond l'arrière-pensée, la conviction secrète des mi-