I. L'entrevue du Boschet
II. Les correspondances. — Lettres de M. de Reynes à La Chalotais. — Lettres de La Chalotois à son fils. — Pouvaientelles constituer un délit? — Questions diverses.
III. Les billets ononymes. — Dénégations formelles du procureur général. — Appréciations.
Après deux mois et demi d'une détention rigoureuse, les cinq magistrats allaient enfin com^ paraître devant leurs juges et savoir de quels crimes ils étaient accusés. Aucun adoucissement n'avait été apporté à leur régime, ils étaient traités comme des détenus de droit commun ; à toutes les instances de leurs parents, Saint-Florentin se contentait de répondre que la santé des prisonniers n'était point compromise et que Tintention du roi n'était pas do leur accorder plus de liberté ^
Le mardi 28 janvier, le procureur général de la Chalotais fut amené devant le commissaire
1. Arch. Nat., 0» 462. Saint-Florentin à M— de Caradeuc, 26 et 30 janvier 1766. a Ce qui vous est revenu sur leur situation est très exagéré et je ne vois pas même comment vous pourriez en être informée avec quelque exactitude, puisque toute correspondonce leur est interdite. »
212 LE riLC d'aIGUILLO?! et la CHALOTAIS
rapporU'ur Le Noir* L'interrogatoire fut ent<>uf d'iJTie certain*' solennité. La salle, dite de la Tournflle, riait ornée d*une décoration sévère. Le Noir avait un extérieur imposant; a son regard fixé sur moi, dit Tun des accusés, comme s'il se filt |jerHuudé reconnaître sur ma physionomie IViripreiiite des crimes que mon cœur n'avait jauni i s crjunus, m'étonna bien moins que Fincertitudi* (|u'i! montnï dans ses vues et la variété de H«*H deiuîMides '. » I^e rapporteur, qui avait occupé avec distinction pendant six ans le poste de lieutenant criminel a Paris, était un homme expert et lia bile '.
Il élîiit seul, assisté uniquement d'un greffier, nommé Orry **. La Chalotais^ après avoir prêté sei ment de dire la vérité ^ commença par demander son reïivoi devant le F*arlement de Bretagne c en cas de récusation devant celui de Bordeau seules jnridictions compétentes. Il consentît cependant à répondre « par respect pour les volontés du souverain et pour ne pas diiTérer de présenter sa justification, » L'interrogatoi cïccupa huit journées fort remplies, car Le Noi venait au château à neuf heures du matin, e]
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t. Me/ftoire au roi pmiT h.-V, Chorette de la Colinière, p, lôd
2. Ménnùre preaenté au nti pîir M, de Cakinne, p. 2îJ, — Arch. Not, 0* if>2. Lettres de Le Polk^ltcr dm 8 et 12 (cvrîci- lim.
3. Orry élaît ^rcfiicr au Chdtek^t de Paris. Le Pmcès insfruà prétoiid qu'Oi'ry faisait prctivo d'un tuk?iit supérieur et d'un pent^liwnl décidé k servir ceux ijui paient bien par ces tournure»* heti reuses qu'on peut donner k un acte ou à une proci^dure et nuit[tjcllc8 le vulg-oire donne le mauvais nom de fiiponneriesm f /*nn't's instruit, 1, 167, nute.)
'i. D'nprê!!* rordoiirumre de ÎHTO, le jnge devait faire prèle serment ù l'aeenfiét ee rfui a été justement supprimé pur no^ rudeSj etjnimc iniposnnl ù rinrulpé une sorte de lortnre nu'rale
l'interrogatoire 213
sortait pour diner, revenait à quatre heures et prolongeait les séances jusqu'à minuit*. Il est fort difficile à suivre; le juge enquêteur passe d'un sujet à l'autre, revient sur ses pas, il essaie de surprendre l'accusé, il le coupe, le tourne, le retourne et cherche à l'amener à se contredire.
En somme, il insiste surtout sur trois points ^ l'entrevue du Boschet, les correspondances privées, les billets anonymes.
L'entrevue avec M. de Kerguézec au château du Boschet : « C'est le premier point sur lequel j'ai été interrogé, dit la Chalotais, c'est celui que l'on a présenté au roi, dépuis quinze mois, comme la cause, le principe, l'origine de tous les événements qui sont arrivés dans la province, c'est la clef des oppositions des Etats, des oppositions du Parlement, des intelligences entre le Parlement et les Etats". » Et c'est vrai : le procureur général était l'adversaire avéré du duc d'Aiguillon, donc il devait être le chef de l'opposition des Etats et du Parlement, donc il était l'ennemi du roi, donc il était un conspirateur, donc il était coupable du crime de haute trahison. Telle est la série de déductions et d'idées qui s'était implantée peu à peu dans l'esprit du commandant et des ministres. Malheureusement pour eux, ce raisonnement reposait sur des faits matériellement faux ou complètement dénaturés.
On va en juger. Ecoutons l'interrogatoire.
Le Noir. — Une espèce de ligue a été formée entre certains membres des Etats et du Parle-
1. Journal des Evénements^ p. 71. — Second Mémoire, p. 55, 58. — Le procès-verbal occupe 160 pages au Procès instruit.