‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 3)Chapitre 77 sur 187 · Second Mémoire, p · texte numérisé non relu

Second Mémoire, p

LE DUC O AIGUILLO>- ET LA CHALOTAÎS

nipnt, au château du Bosohet, dans lo but di concerter un plan ih^ résistance contraire aux in^ térèts du roi et à la trunquilUtc publique.

La Chalotais. — Le plan de résistance médita au Boschêt est im ramzui fabuleux inventé pour" autoriser des culomnies avérées. Si j'ai été au^j Boscliet avant les Etats, je veux bien passer cou-^H damnation sur tout It? reste; je nie m'y être trouvé avee M. de Kerguézec, ni avec d'autres. J'y suis allé au mois de juillet et lui au mois de septembre. Au surplus, il est bien étonnant ([u'aprèa plus d'uïi an qu'on a traité de rom-m et de fabl^ ce voyage, on le mette en avant comme Tépoque d'un plan médité pour s'opposer aux volontés du' roi aux Etats, alors qu'il n*y a rien de si aisé que de vérifier ee fait, sur lequel seul je consens à f^^tre jugé L ~ J'ai vu M. de Kerguézec à Rennes v<'rs la mi-septembre, étant son ami et son parent, je ne lui ai parlé que des nouvelles générales de Paris et de la province,

D. — Né l'avez- vous pas prévenu des différents projets qui seraient portés aux Etats ?

U. — Je n'en ai eu garde, ne les connaissant pas; pour dire cela il ne faut pas connaître XL de Kerguézec, qui est très siH^ret, très taciturne et ne déclare jamais ce qu'il fait. H a uniî influence méritée sur les Etats; elle s'est trouvée atteinte

î, La ChelIutuî^^ ccrivait n sou fils le 13 jimvinr 1765 : et lîi «lisent t\u in Infrivce de Kcrg-uéïec, nous ovoiis éié dans un cbaV ti?nu rnbnîcr ensemble; il fut nu Boscbet en nllont à Nnnie» et j'y mm» été Iruiî* mois auparuviint. Enfin il tVy n fwlietj ni cnloniiiies qu'on n'iiiveiito el^^tj'oii ne croie puiir »aiiver M- U'Aïguillon. w {Sîjrifme Dti'tltjppemfnf, p. 18»^ — Celle lettre, ét*ritc un nn nvnril le prorès,, n êtoit pn» Inilc pour les besoinii de lu cuuse clic fut écorlée pur l'arruâulitto.

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parce que, pendant la tenue de 1764 et sa députation à Paris, il a passé pour s'être livré aux volontés du commandant.

D. — Il en résulte que quand M. de Kerguézec a paru prendre les intérêts du service du roi, qui seuls animaient le commandant de la province, il a été regardé comme suspect, et lorsque, depuis, il a montré de la résistance aux volontés de Sa Majesté, il a regagné la confiance dans les esprits.

R. — Gela n'en résulte pas du tout... « Il y a des préventions pour et contre dans les affaires ; on n'est pas rebelle^ pour ne pas obéir aux désirs et à la volonté du commandant; il s'agit souvent, au Parlement et aux Etats, de savoir si le fond d'une chose est admissible ou non, si l'on doit faire des arrangements, proposer des abonnements, prendre des moyens termes ; tous ces partis ne sont pas Vobjet d'une obéissance passive^ mais de délibérations raisonnées qui cherchent les moyens les plus convenables pour concilier les intérêts du roi et ceux du peuple * . »

Voilà le fond du débat. Ces paroles sont la véritable formule du droit parlementaire qui appartenait à la Bretagne et que le pouvoir ne voulait ni comprendre ni admettre.

Pour les correspondances La Chalotais fut moins affirmatif. Il est certain qu'il était en rela-

1. Procè» instruit, II, 3, 32, 34, 35, 39. 40. — Second Mémoire, 57, 62. — Exposé justificatif, 23, 33.— Voir t. l, p. ^%1.

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tioDS avec des gens qui n'aimaient pas le dii<' dWiguilIon, qui récrivaient sans détours, et que lui-même s'épanchait à cœur ouvert, surtout avec son fils. Si c'est là un crime d'Etat, il est indé nialJe qu'il Ta commis.

Il eut tort sans cloute de chercher à exphqne ses lettres, à atténuer ses expressions, à pallier ses du rétros. H eût mieux fait de les avouer bra vement, mais il faut tenir compte Je Tétat d'es^ prit d'un accusé.

Ainsi, lorsque le marquis du Poulpry lui éeril que « le comte a été Iuimi aise de faire tirer le; marrons du feu par la patte du chat, mais qu'il S'est retourné et est tout dévoué à la petite Flore,.., n La Chalotais répond (ju'il n'entend point clairement ces allusions. Elles devaient pourtant avoir i«ncore moins de secrets pour 1 qu\41es n'en ont pour nous'.

Deux lettres arrêtèrent plus longtemps Tatten tion. Elk'?i émanaient d'un pauvre gentilhomme nommé de I^eynes, qui vivait d'une petite charge de cour* Ce de Reynes, esprit mat équilibré, était un n grand faiseur de projets, un empirique*, un nouvelliste, de ces sortes de gens cpù veulent tout savoir et juger de tout. » Lié avec le prince de Soubise, qui le protégeait, il était niélé à cer^ taines intrigues de cour et fort au courant de, " affaires politiques. Etant entré en rapports avei La Chalotais pendant le séjour db» celui-ci a Versailles, il lui écrivit deux lettres qui furent saisies et dmt le sens est assez énigmatique.

1. Practs insCruit, I, 235; II, M) él voir l. I, p. 384, — Inutile" de dire que le fuw/e, , c'est Kei'^uéaec ; ïw f/tr(ite Ftote, M, de SuînL-FlorenLiij, et le c/iat, le Parlement. ~

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Visaient-elles seulement la politique générale et la situation du royaume, c'est probable ; visaient-elles spécialement quelque secrète intrigue de cour comme on Ta supposé, c'est possible ^ La Chalotais, après avoir refusé de répondre sur ce point, donna dans une séance ultérieure quelques explications. De Reynes avait composé un mémoire indiquant les moyens de rame- #ner l'ordre et la prospérité. Le « maître qui a tout vu » est le roi, et le « grand patriote » dont il parle est le prince de Soubise.

D. — Le Noir demande quel est « le remède efficace à toutes choses, dont la nécessité mettra dans le cas de faire usage, et qu'on a trouvé tel, sans pouvoir y placer aucune objection ? »

R. — C'est le moyen indiqué dans le mémoire de cet homme, qui est une sorte d'empirique politique.

D. — Que signifie cette phrase de la lettre : « Les moments de crise semblent s'accroître, s'accumuler, au point qu'il faudra pourtant à la fin que la bombe crève? »

R. — Je n'en sais rien.

D. — Gomment concilier « le moyen de remédier à tout, sans rien déranger ni déplacer, avec

1. Ces deux lettres sont du 13 avril et du 15 mai 176^. — Mémolrea du ministère du duc d'Aiguillon (par Soulavie), p. 15, 18. « M. de Soubise avait voulu donner au roi M*"" d'Esparbès, au mois de mars 1765. Un nommé de Reynes fut mêlé à cette intrigue. On le fit arnftter à Versailles pour le conduire à Saint-Malo, uniquement afin d'avertir les courtisans d'être plus circonspects... L'épisode de Reynes sur M"" d'Esparbès n'eut d'objet, de la part de M. de Galonné, que d'inquiéter M. de Soubise et d'éviter qu'on essayât désormais de donner une maltresse au roi, ce que redoutait infiniment M. de Choiseul. »

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.ces mots : Forage ne paraît pas tout à fait dissipé... et le parti contre pourrait bien à la fin prendre le dessus? »

R. — Je ne suis point chargé de concilier les propos de M. de Reynes ni de démêler ses intrigues ; il fait peut-être allusion à quelque déplacement dans le ministère, dont tous les six mois on parle fort communément en France. Il n'y a, au surplus, aucun rapport entre les lettres* de cet homme et les affaires de Bretagne'.

C'était la vérité et c'est la seule conclusion à tirer de cet incident, qui n'aurait pas d'importance s'il n'avait amené l'arrestation de M. de Reynes.

Le commissaire enquêteur aborde ensuite un sujet plus délicat, celui des lettres conflctentielles adressées par La Chalotais à son fils pendant son séjour a Versailles. Dix neuf avaient été saisies dans son cabinet ; on en retint sept seulement, celles qui contenaient de vives attaques contre le duc d'Aiguillon.

Il est certain qu'elles respirent la malveillance la plus visible, l'aversion la moins dissimulée. La Chalotais écrit : « Votre petit despote est donc bien fâché des remontrances du Parlement... M. d'Aiguillon veut perdre le Parlement et quelques particuliers dans l'esprit du roi, c'est un fou qui se perd dans l'esprit du public et de la nation... Vous savez les préparatifs des funérailles du Parlement et des Etats que les minis-

1. Procès instruit, l, 280, 283 ; II, 5-13, 141-151 ; interrogatoires du 28 janvier et du 10 février 1766 ; — Mémoire au roi par Galonné, p. 27; — Exposé justificatif, p. 28, 30; — Lettre de La Cbûlotais à Saint-Florentin, p. 134.

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très voudraient faire; mais le roi, plus honnête homme qu'eux, ne veut point le mal, il veut la paix et il mérite qu'on la fasse pour lui à quelque prix que ce soit. Pour les ministres, M. d'Aiguillon, son oncle, etc., ils méritent la haipe publique et particulière... Tout pour le roi et rien pour M. d'Aiguillon, qui, j'espère, est perdu ici ^ »

On ne saurait se méprendre sur ces expressions tit sur les sentiments qu'elles laissent voir à l'égard du duc d'Aiguillon. Elles sont fort claires. Par contre, jamais dans ces lettres intimes on ne trouve un mot contre le roi ; plusieurs contiennent même des protestations de fidélité et de dévouement inaltérables. Mais celles-là, on eut soin, par un procédé d'une loyauté douteuse, de ne pas les produire au procès.

« Les ministres 'se sont engagés dans un mauvais défilé dont ils auront peine à se tirer sans une violence qui est éloignée du caractère doux et humain du roi... Le roi est le plus honnête homme de son royaume, on veut le porter à des actes de violence... En un mot, tout pour le roi, qui, dans le fond, est très bon, et rien pour M. d'Aiguillon, qui est mauvais... Si M. d'Aiguillon est un fou, ce n'est pas une raison pour que les Bretons soient déraisonnables, et il faut toujours séparer la cause du roi de la sienne... Quant à M. Saint-Florentin, le népotisme lui a tourné la tête, il veut à toute force venger M. d'Aiguillon 2,., »

i. Proeèê instruit, l,22U2BZ; aepi lettres de La Ghalotais à son fils.

2, Sixième Développement, p. 18-34; lettres de La Ghalotais à son fils.

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Wnlii l<^s paâsag'es les plus saillanls de ces missives coniideiitielles. Etaient-elles donc ui crime ? Elle» furent Tobjet de deux longs iiiter rogrttoires. Elles respirent, dit Le Noir, la haine la plus effrénée contre les ministres du roi et les personnes revêtues de son autorité. La Chalotais répond en faisant riiistoire de sa rivalité bien connue avec le duc d'Aiguillon, de ses origines, des démêlés qu'elle a entraînés et de 1% haine que celui-ci lui a vouée. « It a juré de me perdre fit ne Ta pas caché à toute la province, » il exécute sa promesse ^ Puis raccusé ergote, discute le sens, atténue la malignité de certains mots* Petitesse indigne de son caractère, 11 eût mieux valu, comme il le fit plus tard, répondre haute-.^ ment : n Est-ce donc un délit de dire du mal d*u

ministre, et doit-on se justifier d*avoir bien ou mal pensé d'un fonctionnaire? Non, il n'y a paa^y à cela Tombre d'un crime-, » ^H

On lui objecte alors : a L'homme du roi, en^^ écrivant ainsi à son fils, son collègue, a manqué à ses devoirs et outragé Tautorité souveraine par le mépris de ceux qui en sont dépositaires, ai^^

Mais La Chalotais répond, soulevant une ques-^B tion de droft fort délicate : Ce n*est pas Hiomme du roi, c'est le père qui écrivait à son fils des lettres confidentielles, intimes. Elles n'ont été connues et ne sont devenues publiques qu'à la suite d'une perquisition irrégulière et violente. Constituent-elles donc un délit? Peut-être aux yeux de la raison d'Etat, qui est trop souvent la

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