Linguet, par Jean Cruppi, p
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D. — Voici deux lettres signées de la Chalolais; sont-elles de votre écriture?
R, — Oui, je les reconnais.
D, — Eh bien ! Tauteur de ces deux lettres est inconteslablemeot Fauteur des lettres anonymes?
H. —Je ne |inîs rien dire que je ne voie ces lettres, mais je nie dès maintenant qu'elles soient de mon écriture.
D. — La vue de ces billets n'est pas néce& saire pour vous décider à avouer un fait per sonnel et positif. Je vous somme de convenir que vous êtes Tauteur des billets anonymes adressés à M. de Saint- Florentin.
R, ~ Je le nie formellement ; je nie les avoir écrits, ou fait écrire, ou avoir contribué à leur envoi ; je demande qu*on me les montre et j m'inscrirai en faux contre eux.
D. — Consentez-vous à vous eu rapporter aiij témoignage des experts en écriture ?
R. — ^ Je nie parfaitement avoir écrit ces billet: anonymes. Quand ils me seront représentés, ji demanderai, par tous les moyens, la reconnaissance et la vérification de leur écriture.
D. — Cette vérification a été faite et Fidentité démontrée entre récriture des billets et celle dei deux lettres signées La Chalotais,
R» — Je persiste dans ma réponse; je demand< qu^on me montre les billets anonymes et le pro ces-verbal, s'il y en a un.
D. — N'est-ce pas lorsque vous vous êtes vu découvert comme Fauteur des billets anonymes que vous avez imaginé ce plan de défense qui consiste à demander la production des originaux que vous f^wsm. peut-être n'être pas entre nos mains?
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l'interrogatoire 227
R. — Je n'ai jamais été découvert pour l'auteur des anonymes et je n'ai entendu cQre à personne que je le fusse, parce que la vérité est que je ne le suis point; je n'ai eu aucune part ni à leur écriture ni à leur envoi, et le plan de défense que je propose aujourd'hui est si simple et si naturel qu'il n'a pas besoin d'être médité ; je persiste à réclamer la production de ces pièces.
D. — Gomment se fait-il que parmi les personnes poursuivies, vous vous soyez considéré comme seul prévenu de cette accusation?
R. — Je le conteste formellement, parce que' je sais très bien dans ma conscience n'avoir rien fait de semblable, et je n'aurais jamais cru qu'on pût entamer contre moi une procédure aussi violente sur un fait aussi faux.
D» — Vous avez suggéré à votre fils les réponses sur les divers chefs d'accusation et vous ne lui avez rien dit des billets anonymes, c'est donc que vous vous regardiez comme pouvant seul être accusé de ce fait.
R. — Je n'ai eu garde de rien suggérer à mon fils, ne l'ayant pas vu depuis que je connais les lettres patentes. Je nie un fait évidemment faux pour moi comme pour mon fils ; au surplus tout doute sera levé par la représentation des anonymes que je demande.
D. — Parmi les papiers saisis dans votre chambre, en ce château, il a été trouvé une note écrite où vous faites allusion aux billets anonymes '.
1. Par ordre de Le Noir, une perquisition minutieuse fut opé« rée le 31 janvier dans la chambre de La Ghalotais. On aurait voulu découvrir quelques écrits compromettants. On ne trouva
228 LE DUC o\lGUILtON ET LA CHALOTAIS
R. — Je reconnais cette note, je connaissais l'accusation par les leflres patentes qui m'avaient été signifiées. Je nie avoir fait aucun envoi pareil, avoir écrit aucun billet. Au surplus, toute cette insistance un peu métaphysique, pour chercher des coatradictious où il n'y en a pas, tombe par cette déclaration formelle que je fais : h savoir que s'il est prouvé que je suis l'auteur des billets anonymes, je consens dès à présent à ma condamnation jdeine et entière sur le tout etj même à perdre la tête, et j'offre de le signer. ' Et aussitôt le procureur général saisit une plume, écrit cette déclaration et la signe de son nom.
On lui montre la copie des billets.
R. — J'y réponds, dit-il, par Toffre de ma tête, comme je Fai déjà fait. Je ne cesserai, tant que je vivrai, de demander la représentation de billets aussi informes et aussi injurieux qu'on ose m'imputer. Cela ne peut m'étre refusé sans une iniquité évidente. !
D. — L'envoi des billets s'explique par l'animositc que vous avez témoignée contre M. de Saint-Florentin; on vous a entendu vous exprimer contre lui en termes injurieux.
R. — J'ai pu me plaindre de M, de Saint- Florentin et je m'en suis plaint, parce que je | prétends en avoir reçu beaucoup d'injures; mais ceci (les billets), ce ne serait pas de Fanimosité,
rien. On saisit ju^r^tie diins ses porhes des papiers lans intérêt el des notes préparées patir sa défense. En voici un spécimen : fl Forcer, Tépée sur la gorg-e, de dévoiler cr fjuon a /»c/i*£? depuis; ving-t ans, cf </ n'ont penné nos amis, nos pareil U..» Terme extrême de despotisnie, chose odieuse î..- (Procès instruU, II, 152, Wi \ — Dtuxtème Mémoire, p. 56.)
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ce serait de la frénésie, de la fureur, de Textravagance, un outrage contre le roi, une insolence qui n'a pas de nom ^
Tel fut l'interrogatoire du jeudi 6 février. Dès le début de la séance suivante, deux jours après, le samedi 8, La Ghalotais, avant de répondre à toute question, tient à renouveler ses déclarations.
— « Je demande, dit-il, la représentation des billets anonymes, des enveloppes, du procès-verbal de vérification et des lettres de comparaison. J'offre ma tête pour en prouver la fausseté. Je somme M. le procureur général de la Commission de me représenter ces pièces; il ne peut pas ne pas les avoir ni se dispenser de les produire. Je ne cesserai d'insister sur ce point; l'objet essentiel est d'avoir le corps du délit, que je reconnais être atroce et digne des plus grandes peines -. »
Il y a dans ces déclarations un accent de sincérité et d'indignation qui ne trompe pas. Un homme qui aurait écrit les billets n'aurait pas eu cette véhémence dans l'affirmation et cette ardeur à offrir sa tête.
Il était du reste assez étrange, et même assez odieux, de ne pas montrer les originaux à l'inculpé. C'était la pièce fondamentale, la base même de l'accusation, et l'ordonnance criminelle de 1670 en prescrivait la communication. Quand on porte contre un particulier, contre un procureur général, une imputation aussi grave.