Procès instruit, II
LE DUC D AÎGUlLLO>' ET LA CHALOTAIS
Féquité la plus élémontaire commande de produira les pièces. Poursuivre iinf! procédure sans documents, c*est instruire dans te vide, e'ea^^^ commettre une véritdlile forfaiture. ^H
Ce ii'çtait pas fini; six jours Jiprès, le 12 février, la neuvième séance 45St encore consacrée aux billets anonymes. Le Noir retourne Faccusé sur tous les sens, mais démonté par ses réponses si nettes et si franches, il tombe dans la subtilité^J la puérilité, la logomachie. ^H
D« — Persistez-vous à soutenir n'être pas Fauteur des billets adressés a M. de Saint- Flo^^ rentin ? ^f
R, — Je i)ersisle a nier en être Fauteur, y avoîr^^ pris aucune part directe ou indirecte, par moi ou^^. par les miens; j'inscrirai on faux leur écrituro ^^^Ê je poursuivrai la vengeance de ce faux qualifîé.^^ Je continue d'offrir ma tête, au cas où Fou pourrait prouver, non pas que je les aie faits, mais que j'y aie trempé le moindrement ; je ne comprends pas qu'on ait pu de bonne foi m'attribuer ces^i billets. Pour les écrire, il eût fallu être en délir^H ou en démence, et, pour écrire le second sur-^^ tout, dans un état de démence habituetle et consommée. Outre qu'il ei\t fallu que je fusse insensé, il eût été nécessaire que je fusse une ])ète et une bète brute si, voulant mo cacher par Fanonyme, j'avais écrit ces lettres de ma main à M. de Saint-Florentin, qui a peut-être dans ses bureaux cinq cents lettres originales de moi. SU a été trompé à cet égard, il n'a pu l'être que volontairement ' .
J, M, de In ChoIoLats écrit ô M, de la Froglnye : « C'esl
l'interrogatoire 231
Suit une longue discussion, foft compliquée et peu intéressante, sur des point» de détail, notamment sur la question des envelgppes.
R. — Je ne comprends pas, répond Taccusé, comment vous pouvez insister sur une induction aussi déplacée et aussi frivole. Vous savez apparemment que, quand on écrit à un ministre, il est d'usage de mettre ses lettres — agréables ou désagréables — sous enveloppe. Et j'ai grand intérêt à voir ces enveloppes.
Au surplus, toutes ces battologies peuvent se lever par la représentation des anonymes; car de deux choses Tune : ou je les ai faits, ou je ne les ai pas faits. Je nie les avoir faits, les avoir envoyés. ou avoir contribué à leur confection ou à leur envoi de quelque façon que ce soit, et j'offre ma tête si l'on peut trouver à cet égard le moindre indice contre moi.
Cette offre répond à tout et je ne dirai pas autre chose. Je n'ai pu être attaqué qu'à l'aide de pièces fausses ou de faux témoignages. Vous brouillez toutes les époques, vous confondez toutes choses, il est visible que toutes vos demandes n'ont pour but que de me faire tomber dans de légères contradictions sur des choses que j'ignore *.
Autant les questions de Le Noir sont captieuses et embrouillées, autant les réponses de La Ghalotais sont nettes, claires et décisives. Ses vivacités, ses emportements ne se compren-
aujourd'hui le 18 mars (1766), on me permet de vous écrire... J'espère qu'à la fin les fripons et les faussaires seront confondus.» (Arch. du château de Keranroux.) 1. Procèê instruit, III, 17-30.
noiit que trop; ils sont Li meilleure pri^uve de son innocence. « Il conserve son esprit de hauteur et parfois de violence, )) dit Le Pelletier'.
Pour tout homme de bonne foi, T impression qui résulte de ces longs interrogatoires — et combien les ont lus? — est que Lti Cliah>tais dit la vérité. 11 était évidemment favorable à Topposîtion, il approuvait au fond du cœur ceux qui luttaient contre les exigences du pouvoir, peul^^ être ne rendait-il pas aux ministres les service^H qulls croyaient pouvoir attendre d'un procureur ' général; mais les accusations portées contre lui sont toutes ou ridicules ou dénuées de fondement, et son incarcération arbitraire, sans dé cret, sans formalité, pour des motifs aussi pe sérieux, fut un indigne abus de pouvoir.
A la fin de son interrogatoire, La Chalotaîs demanda à être assisté d'un conseil. L'ordon-j nance criminelle de 1670, qui était le code de li^Ê matière, le permettait expressément '"; après Tin- " terrogatoire, Taccusé pouvait être autorisé ^i conférer avec qui bon lui semblerait. On le re^| fusa. Le procès se poursuivit encore pendan^^ plusieurs mois et jamais La Chalotais n'a ei^j d'avocat, malgré ses réclamations réitérées^, Q^l n'est pas là une des moindres iniquités de cett^^ procédure dont chaque pas était marqué par un nouveau déni de justice. Certes, nous ne devons pas envisager cette question avec nos idées mo- 1 dernCvS, qui nous font trouver naturel et ji
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